Cinq jeunes femmes ont été arrêtées lundi dans un bar de Yoff à Dakar, le Piano Piano. Âgées de 21 à 31 ans, elles fêtaient l’anniversaire de la plus jeune d’entre elles. Elles ont toutes été emmenées et placées en garde à vue pour «actes contre nature» et «attentat à la pudeur». La plus âgée, Sene Dieng, est l’assistante de Ndeye Kebe, la présidente de Sourire de femme, le seul groupe militant pour les droits des lesbiennes au Sénégal. D’après cette dernière, l’accusation d’actes contre nature commis dans le bar ne tient pas: «Elles m’ont dit qu’elles étaient justes assises ensemble autour d’une table. Il y avait plus de 100 personnes dans le bar et la police est venue directement vers elles». Ndeye Kebe soupçonne la police de s’en être directement prise à elles en raison du travail de Sene Dieng pour l’association.

GARDE A VUE PROLONGÉE
Les jeunes femmes auraient dû être présentées au procureur hier, mais ont finalement passé une seconde nuit en prison. Elles devraient être déférées au parquet aujourd’hui. Le Sénégal mène une forte politique de répression envers les gays et les lesbiennes. L’homosexualité est punie d’une peine de prison pouvant aller d’un à cinq ans et d’une amende pouvant aller jusqu’à 1500000 francs, selon l’article 319 du Code pénal, qui condamne aussi la pédophilie. «Au Sénégal, quand on parle d’homosexualité, cela concerne surtout les hommes, et on oublie les femmes, explique Ndeye Kebe. Mais les gens commencent maintenant à faire la chasse aux lesbiennes.»

PAS D’AMÉLIORATION À VENIR POUR LES LGBT
L’arrivée de Sidiki Kaba au poste de ministre de la Justice en septembre aurait pu marqué une évolution positive, en raison de son fort investissement dans la lutte pour les droits humains. Il avait d’ailleurs affirmé en 2009 que le gouvernement devait agir pour protéger les droits des LGBT. Cependant, juste après sa nomination, Sidiki Kaba a déclaré qu’il se conformerait aux positions du chef de l’État Macky Sall, qui lui n’est pas prêt à revenir sur l’article 319.

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