Cela fait à présent un an que Najat Vallaud-Belkacem a présenté son programme d’actions quant aux violences et aux discriminations à l’encontre des personnes LGBT. Yagg a rencontré la ministre des Droits des femmes pour une interview exclusive à l’occasion de cet anniversaire.

Dans cet entretien vidéo, la porte-parole du gouvernement se réjouit des avancées réalisées ou celles en cours, notamment le travail commun entrepris par les ministères de la Justice et de l’Intérieur pour publier les statistiques des violences homophobes et transphobes. La première diffusion doit avoir lieu en 2014. Par ailleurs, magistrat.e.s et agents des forces de l’ordre seront formé.e.s de «façon systématique», a assuré la ministre. Les enseignant.e.s bénéficieront également d’une sensibilisation aux questions liées à l’homophobie et la transphobie dans les nouvelles écoles supérieures du professorat et de l’éducation. Via des cours d’éducation à la sexualité, il leur reviendra de faire comprendre à leurs élèves les notions d’égalité et de respect. L’école doit devenir le lieu où l’on déconstruit les inégalités entre filles et garçons et Najat Vallaud-Belkacem affirme qu’elle ne reculera pas en dépit des polémiques sur la prétendue «théorie du genre».

TRANS’ ET PMA: DES SUJETS DÉLICATS
La ministre s’est également exprimée sur son refus de voir la démédicalisation et la déjudiciarisation du parcours des trans’ figurer dans son projet de loi sur l’égalité entre les femmes et les hommes. Elle estime que le projet de loi sur la simplification du droit qui sera présenté dans quelques mois sera un meilleur véhicule pour cette question. Un nouveau report comme on en a déjà fait l’expérience avec l’assistance médicale à la procréation pour les couples de femmes? Les deux sujets ne sont pas comparables, estime la ministre. Concernant les trans’, elle pense que l’opposition sera «très minoritaire» et qu’il suffira de présenter la précarité dans laquelle la législation plonge actuellement ces personnes pour que tou.te.s adhèrent à l’idée de simplifier le parcours de transition. La PMA, quant à elle, est une question qui relève de l’éthique, considère Najat Vallaud-Belkacem.

Le 31 mars 2012, alors porte-parole de François Hollande pendant la campagne présidentielle, son discours sur la PMA (à partir de la 10e minute dans la vidéo) était pourtant beaucoup plus proche de celui des militant.e.s pour l’égalité des droits:

«Il s’agit simplement de reconnaître les familles qui existent déjà, de les protéger avec les mêmes règles qui existent déjà pour toutes les familles. C’est aussi simple que ça. […] Nous ouvrirons l’assistance médicale à la procréation à tous les couples, sans discrimination. D’autres socialistes en Europe ont montré l’exemple, on va le suivre.»

DISCOURS HOMOPHOBES RÉGULIERS
Si le gouvernement s’est saisi de la question de la lutte contre l’homophobie et la transphobie l’an dernier, il n’a échappé à personne que les manifestations régulières contre l’égalité des droits et le débat autour de l’ouverture du mariage ont donné à certain.e.s un sentiment d’impunité. Des élu.e.s n’hésitent pas à afficher leur hostilité aux couples homosexuels. Les parents homos sont régulièrement mis en cause sur leur capacité à élever des enfants. Comment aurait réagi le gouvernement si de telles attaques avaient été prononcées contre des couples juifs ou musulmans, par exemple? Interrogée par Yagg, la porte-parole du gouvernement a répondu:

«Nous condamnons sans aucune réserve les propos qui relèvent clairement de l’appel à la haine, que ceux-ci soient destinés à une personne en raison de sa religion, de son orientation sexuelle ou de son sexe. Il est important de ne jamais être tolérant à l’égard de tels propos, en particulier quand ceux-ci émanent de personnalités légitimées par leur caractère public.»

DES PROGRÈS PAR «PETITS PALIERS»
Najat Vallaud-Belkacem a par ailleurs mentionné des progrès faits «par petits paliers», comme l’allongement des délais de prescription pour les insultes homophobes mais aussi le dispositif destiné à sanctionner les propos discriminants sur Twitter. «C’est comme cela qu’on avance», a commenté la ministre. La lutte contre les clichés à la télévision a été confiée au CSA, dans le cadre du projet de loi sur l’égalité entre les femmes et les hommes. Une fois adopté par l’Assemblée nationale, ce texte donnera à l’administration la mission de s’attaquer aux stéréotypes et de pousser les chaînes à mettre en avant des modèles positifs.

La principale annonce de la ministre réside dans l’inscription de la lutte contre l’homophobie et la transphobie parmi les missions de la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), une administration interministérielle qui «anime l’action des pouvoirs publics en matière de politiques publiques de solidarité, de développement social et de promotion de l’égalité». La lutte contre les discriminations à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre ne relèvera donc plus de la compétence particulière de la ministre des Droits des femmes actuelle, mais se veut désormais présente au cœur même de l’appareil d’État. La DGCS remettra chaque année un bilan sur cette thématique, promet Najat Vallaud-Belkacem.

 

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