Jusqu’au 7 décembre, la 8e édition du festival haut-normand Automne en Normandie propose une vaste sélection de spectacles autour du genre, sous la thématique «Masculin/féminin». Dans une trentaine de salles, à Rouen, au Havre, mais aussi à Louviers, Fécamp ou Pont-Audemer, 40 compagnies présenteront leurs créations autour du féminin et du masculin, à travers la danse, le théâtre, le cirque et la musique.

MIROIR
Si le genre – et sa soi-disant «théorie» – se sont souvent invité.e.s dans l’actualité ces derniers temps, Robert Lacombe, programmateur d’Automne en Normandie, n’avait pas pris le parti de surfer sur l’actualité en choisissant ce thème pour l’édition 2013 du festival: «La question de l’identité sexuelle et des rapports entre les sexes est aussi vieille que l’humanité, et en particulier dans le spectacle vivant, explique-t-il à Yagg. Mais l’univers d’un artiste est tout sauf l’expression hermétique d’un monde exclusivement subjectif: c’est un miroir, non pas seulement du présent, mais aussi et surtout des possibilités de l’Histoire en train de se faire. Ce concours de circonstances n’est pas un « don prophétique » des artistes, mais leur capacité à anticiper certaines des évolutions de nos sociétés. Par exemple, dix ans avant que l’Allemagne ne reconnaisse la possibilité à un enfant de naître de sexe indéterminé, l’artiste trans’ Phia Ménard a mis au cœur de ses préoccupations l’identité sexuelle d’un individu, irréductible à sa seule identité biologique. Son spectacle, PPP, sera justement visible au Hangar 23 de Rouen, les 13 et 14 novembre.»

«L’ART A TRAVERS LE GENRE»
Un acte militant, cette programmation? Pour Robert Lacombe, ce sera avant tout au public d’en juger: «Il ne s’agit pas d’aborder le genre à travers l’art, mais l’art à travers le genre. Ce qui a été premier dans la construction de la programmation, c’était la fréquentation des œuvres, leur familiarité avec elles, et non une volonté militante ou démonstrative. Ce que nous proposons de découvrir, c’est une certaine actualité de la création, sous le prisme du genre.» Mais à travers chacune des différentes créations présentées pendant le festival, Robert Lacombe a bien conscience que la thématique est lourde de sens et amènera chacun.e des spectateurs/trices à s’interroger: «Les spectacles, ce sont aussi des concepts. Ils doivent donner à réfléchir, sur soi et les autres, sur la variété et la complexité de nos rapports au monde et nous questionner sur nos préjugés transmis par la famille, par l’école, par les médias, et sur ce qui est ou non tolérable ou acceptable. À ce titre le spectacle vivant, c’est aussi un temps pour soi, un temps pour réfléchir tout en se distrayant, car ce festival est aussi une fête, un temps pour fixer son attention et résister à l’accélération du temps et au court-termisme qui, de plus en plus, caractérisent nos sociétés. Par exemple, Flesh/Trash de Pierre Maillet ou Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée, de Bruno Geslin mettent en scène la « normalité », voire la banalité absolue de comportements sexuels que la société avait coutume de condamner en laissant la parole au minoritaire au marginal, qui questionne les présupposés et la violence de nos sociétés hétéronormées.»

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=5munTj1zfko

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Automne en Normandie 2013

Voir toute la programmation d’Automne en Normandie.