photo-christophe-martet2-1Par deux fois ces dernières semaines, la ministre de la Justice a été publiquement et fortement attaquée parce qu’elle est noire. Une première fois le 17 octobre dans l’émission Envoyé spécial où une tête de liste FN aux municipales (écartée depuis) la comparait à un singe. Plus récemment, à Angers (qui a parlé de la douceur angevine?), des enfants ont crié sur son passage, en brandissant une banane: «La guenon, mange ta banane!». Retranscrire ces mots provoque déjà le dégoût. Dans cette dernière attaque, qui est à la manœuvre? La «Manif pour tous», ce ramassis d’opposant.e.s homophobes criant leur haine et leur mépris pour des hommes et des femmes homosexuel.le.s, leur déniant le droit de vivre et d’élever des enfants. La «Manif pour tous» qui montre son double visage.

Enrobé.e.s de rose, ses porte-drapeaux avaient voulu nous faire croire que la «Manif pour tous» n’était pas homophobe. Non seulement nous n’y avons jamais cru mais ces manifestants se révèlent aussi racistes. Et ils/elles éduquent leurs enfants pour en faire des racistes. Aujourd’hui la banane, demain quoi?

Trop, c’est trop. Et je m’en veux de ne pas avoir réagi plus tôt. Ces manifestations ouvertes de racisme ne sont pas supportables. Et elles sont encore plus dangereuses si on ne les combat pas avec la plus grande fermeté. Même tardivement. Nous, gays, lesbiennes, bis, trans’, Noir.e.s, Arabes, séropos, savons ce que les injures peuvent provoquer. Parfois les paroles tuent. Toujours, elles blessent. Même les plus endurci.e.s.

Tout est lié. Cette accumulation de haine raciste intervient quelques mois seulement après la fin des manifestations homophobes contre le mariage pour tous. La libération de la parole homophobe avait été rendue possible par le manque de fermeté du gouvernement, des député.e.s face aux propos outranciers parfois prononcés par des hommes d’église ou par des politiques.

Certes, nous nous réjouissons que la loi instaurant le mariage pour tous permette enfin à des millions d’homos et de bis de se sentir un peu plus citoyen.ne.s. Mais cela ne doit pas être au prix de leur dignité et toute parole homophobe, non sanctionnée en paroles et en actes, écorne un peu la portée de la loi. C’est la même chose avec le racisme et il est heureux que le Cran ait décidé de porter plainte, hier, contre la représentante du FN. Louis-George Tin, son président, qui a aussi popularisé la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie, a d’ailleurs réclamé, au-delà d’un procès, des actes politiques forts.

Certain.e.s, dans les associations LGBT, nous avaient critiqué pour une tribune sur Yagg, publiée en octobre 2012, dans laquelle nous écrivions que face aux opposant.e.s à l’égalité, il fallait «rendre coup pour coup». On m’avait expliqué que ça aurait été leur faire de la publicité et qu’il valait mieux traiter ça par le mépris.

Les mois qui ont suivi ont montré que le silence face à la haine n’est jamais une option.

De manifs en actions coups de poing, les homophobes ont légitimé leur combat et acquis une notoriété importante. Ne pas vouloir jouer les Cassandre n’interdit pas d’être très vigilant.e.s et sur nos gardes. Et la leçon vaut pour aujourd’hui. Avant-hier on s’attaquait aux homos, hier aux Roms, aujourd’hui aux Noir.e.s. Vous ne trouvez pas que l’air devient un peu plus vicié chaque jour?

Christiane Taubira a expliqué mardi dans Libération que ces injures sur sa personne n’ont rien de nouveau. «Ces attaques racistes sont une attaque au cœur de la République. C’est la cohésion sociale qui est mise à bas, l’histoire d’une nation qui est mise en cause», ajoute-t-elle.

Ce qui a fait déborder le vase, c’est l’attitude des député.e.s de l’UMP hier à l’Assemblée. Alors que la ministre de la Justice remerciait les député.e.s pour leur soutien et que ces dernier.e.s, en retour, du côté des bancs de la gauche et du centre, se levaient pour l’applaudir, celles et ceux de l’UMP sont resté.e.s immobiles et assis, sans applaudir. Une attitude indigne et révélatrice de ce qui est en train de se jouer. Dans leur for intérieur, la détestation de la ministre de la Justice n’est pas qu’une question de politique pénale. Harry Roselmack a écrit dans Le Monde que «La France raciste est de retour». Pire, elle s’installe maintenant sur les bancs de l’Assemblée.

Lorsqu’on fait l’expérience de l’insulte, malgré toute la carapace que les années ou la fonction ont permis de construire, on est humainement détruit.e, pendant quelques instants ou plus durablement. L’impression d’une grande solitude.

Nous devons exprimer notre révolte, notre écœurement. Christiane Taubira n’a évidemment pas besoin de nous pour se défendre, là n’est pas le propos. Mais des messages de soutien ne peuvent pas faire de mal. Bien au contraire. Dans ces moments-là, c’est le silence qui tue.

Photos DR (Christiane Taubira) / Sébastien Dolidon (Christophe martet)