The Guardian rapporte que quatre cinémas suédois prévoient d’établir leur programmation en fonction du test de Bechdel. Pour passer le test, un film doit contenir au moins deux personnages féminins identifiés, qui tiennent une conversation ensemble, conversation dont le sujet ne tourne pas autour d’un homme. Les critères sont sévères mais montrent justement que dans une grande majorité de longs-métrages de tous genres confondus, les femmes gardent un rôle de second plan, voire décoratif. Pour Ellen Tejle, directrice du Bio Rio, un des cinémas concernés, le test est un bon moyen de sensibiliser le public sur la manière dont le cinéma peut influencer la détermination des rôles des hommes et des femmes dans la société: «On voit rarement une femme super-héroïne, ou une femme professeur, ou qui doit relever des défis excitants. Le but, c’est de voir plus d’histoires de femmes et de perspectives sur les écrans.»

La démarche féministe du test est pourtant contestable: non seulement de nombreux films ne passent pas le fameux test, mais il peut justement mettre hors course des films où un personnage féminin est central. «Toute la trilogie du Seigneur des Anneaux, tous les Star Wars, The Social Network, Pulp Fiction, et tous les Harry Potter sauf un ont échoué au test», concède Ellen Tejle. Un test plutôt radical, donc. Et peut-être pas si pertinent, comme le signale Leslie Felperin dans une tribune publiée sur le blog cinéma du Guardian.

Elle retrace l’histoire du test, qui provient de la bande dessinée d’Alison Bechdel Dykes to Watch Out For éditée dans les années 80. Un des personnages y affirme qu’elle refuse de regarder un film s’il n’y a pas au moins deux personnages féminins qui tiennent une discussion dont le sujet ne concerne pas un homme. Ces trois critères ont par la suite était repris pour instaurer le fameux test. Leslie Felperin se demande si au lieu d’évincer les films qui ne rentrent pas dans les cases (très étroites) du test, il ne serait pas plus judicieux de favoriser les productions faites par des femmes: «Eh bien, tant mieux pour les directeurs/trices de ces cinémas, et tant mieux pour l’Institut du film suédois de soutenir cette initiative, si elle signifie pousser le public à s’intéresser plus aux manques de relations et de points de vue féminins dans tant de films. Je préférerais qu’ils/elles mettent en lumière le manque cruel de réalisatrices en activité aujourd’hui, car selon un rapport de 2012, il y a seulement 5% de femmes parmi les réalisateurs/trices d’Hollywood, soit une baisse de 2% par rapport à 2010.»

À lire sur The Guardian.

Pour comprendre le test de Bechdel en deux minutes chrono, regardez la vidéo de Feminist Frequency:

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur The Bechdel Test for Women in Movies

Photo Metropolitan FilmExport