Le documentaire de Thomas Riera a fait (et continue de faire) le tour du monde des festivals de cinéma. Réalisé en 2012, ce film d’une quarantaine de minutes questionne à la première personne les codes et les doutes ressenties par un petit garçon qui se voit offrir un jouet qu’il pense destiné à une petite fille, même s’il devient son objet fétiche.

Pêche, mon petit poney oscille entre une enquête dans le monde des jouets et de l’enfance, et les souvenirs du réalisateur qui confiait à son poney notamment ses premières attirances pour les garçons. Cela permet de s’intéresser à la fois aux codes de genres de la société ainsi qu’à ceux plus intimes, liés à la famille et à l’histoire personnelle du réalisateur, à qui nous avons demandé de s’expliquer sur son envie de réaliser ce film: «La première idée, lorsque j’ai commencé à écrire ce projet, était de parler des choses qui se passent chez un enfant puis un ado quant à ses premiers désirs. Je ne voyais dans les médias que des histoires de coming-out, de l’instant même du coming-out et de l’après, sans jamais vraiment s’attarder sur les 10, 15, 20 ans ou plus d’avant, qui, selon moi, sont les temps décisifs de compréhension, d’appréhension et d’acceptation de soi.

J’avais une envie forte d’écrire là-dessus, parce qu’au fond de moi, je me disais que j’aurai aimé lire, voir ou entendre, enfant, quelqu’un qui parle de ça, pour comprendre plus vite et mieux mes désirs alors inavouables. Je voulais en faire mon premier film. Qu’il soit film, mais aussi qu’il puisse être accessible aux enfants.

«Je me suis donc penché sur ma propre histoire, et ai commencé à écrire sur Pêche, ce fameux confident. Au bout d’un long temps d’écriture, je me suis rendu compte que Pêche était certes un confident, mais que cinématographiquement et socialement il était sorti de « sa norme commerciale » et que moi, à l’époque, je rêvais de sortir de la « norme amoureuse » que je voyais. C’est à ce moment-là que j’ai compris que je tenais le sujet du film avec deux trames. Les deux trames allaient permettre au spectateur de rentrer dans un récit intime, tout en ouvrant le sujet autour de l’enfance et des normes que les adultes imposent très tôt.»

Ce documentaire au ton particulier et sincère permet de s’interroger mais également de sourire et s’émouvoir. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître! Il est à découvrir sur TV5 Monde ce soir à 21h55. Mais on n’a pas pu s’empêcher de demander à Thomas Riera sur quel projet il travaillait en ce moment, et voilà sa réponse qui permet d’ores et déjà de savoir que le garçon va conserver son ton inhabituel et décalé ainsi que sa recherche sur lui-même: «Je travaille actuellement à l’écriture d’un nouveau projet de film documentaire avec une nouvelle boîte de production. Je m’intéresse dans le projet à mon nombril. Rien que ça! Il va me permettre de partir à la recherche de l’origine du monde, la vraie et l’unique, cela va sans dire, tout en démasquant les impostures et imposteurs, avec une dose queer évidemment. C’est difficile d’en parler, car je suis en plein dedans, en pleines recherches, mais le projet avance bien. Et je m’amuse vraiment à l’écriture, ce sera un chouïa plus décalé, un chouï absurde, un chouï plus maîtrisé, et bizarrement un chouï moins intime. Quoi que…».

Un jeune réalisateur à découvrir (dès ce soir) et à suivre de près…

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Pêche mon petit poney – Thomas Riera – In&Out 2012