Après avoir laissé mijoter ses détracteurs/trices pendant pas moins d’une semaine, le magazine Causette a enfin répondu aux accusations portées contre son article sur la prostitution, intitulé «55 bonnes raisons de ne pas céder à la tentation». Pour mémoire, beaucoup de ces fameuses raisons, sous couvert d’un humour douteux, comprenaient pêle-mêle blagues sur les violences sexuelles, mépris pour les personnes prostitué.e.s, racisme et transphobie. En début de semaine, les locaux de Causette ont d’ailleurs fait les frais d’une opération d’affichage et de taggage nocturne pour dénoncer ces propos. La rédaction a donc enfin publié une réponse sur sa page Facebook, une réponse qui contient deux positionnements.

MAL COMPRIS
« »Putophobes », « transphobes », « racistes », « incitation au viol »… N’en jetez plus! Depuis une semaine, nos boîtes mails ont gonflé et la twittosphère s’est enflammée. La majorité de ces doux messages est le fait d’une organisation qui s’appelle le Strass et regroupe des « travailleurs du sexe » et revendiquent haut et fort, leur droit d’exercer ce métier « pas comme les autres », pour reprendre leurs mots.» Pour commencer, Causette considère donc que les accusations émanent principalement d’une organisation, le Syndicat des travailleurs/euses du sexe, qui de fait avait réagi très rapidement à la publication du magazine. Pour le reste, ceux et celles qui ont été choqué.e.s auraient surtout mal lu le préambule aux 55 raisons: «Il est toujours utile de lire l’introduction d’un dossier, et celle-ci donnait clairement notre positionnement. Encore une fois, tel que nous l’avions fait sur 17 pages en mars dernier, nous ne nous positionnons pas POUR ou CONTRE la prostitution, mais contre la prostitution forcée qui touche, selon les rapports, de 80% à 90% des prostitué.e.s.» Pourtant à bien relire l’article, l’introduction en question est beaucoup plus tranchée… et clairement abolitionniste.

IRONIE PAR ANTIPHRASE
Causette poursuit son argumentaire et justifie le ton employé:

«En choisissant ces « 55 raisons », nous avons [voulu une méthode] grinçante, choquante parfois, violente toujours. À l’image de la réalité de ces esclaves du sexe. Nous avons opté pour une méthode peu délicate, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais, au fond, dites-nous quelle différence il y a entre écrire, comme nous l’avons fait, « Parce que, quitte à se taper une fille qui n’en a pas envie, autant la violer, c’est moins cher » et écrire, ce qui est plus politiquement correct, « La prostitution forcée est une forme de viol qui ne s’en distingue que par une rémunération »?»

Il s’agirait donc d’ «ironie par antiphrase», une figure de style visant à dire le contraire de ce que l’on pense réellement, ici dans le but de dénoncer. Dommage que tant de personnes soient passées à côté de cette subtilité de langage. En outre, Causette ne répond pas une seule fois aux accusations de transphobie ou de racisme. Mais les lecteurs/trices qui ont été choquées de lire «parce que vous n’êtes jamais sûr que cette « fille » qui vous excite tant n’en a pas une plus grosse que la vôtre. Sauf si vous êtes là pour ça» ou «parce qu’une « mama » (mère maquerelle africaine) qui vous fait avorter a coup de pieds dans le ventre n’a rien d’une bonne mère» n’ont sûrement pas saisi l’ironie par antiphrase. En conclusion, les auteur.e.s du texte affirment que la polémique découle d’une incompréhension et espèrent que tout malentendu sera dissipé avec cette explication.

«Au sein même de la rédaction de Causette, les avis divergent radicalement, et particulièrement sur la méthode employée dans ce dossier. Pour notre part, nous assumons nos écrits et ne les regrettons en rien.»

UN ARTICLE «MALADROIT» ET «STIGMATISANT POUR LES PROSTITUÉ.E.S»
Pourtant après la signature de la rédactrice en chef Liliane Roudière et du directeur de publication Grégory Lassus-Debat, un court paragraphe apporte une autre précision sur le positionnement de Causette:

«La majorité de la rédaction de Causette tient à exprimer publiquement son désaccord avec cet article. Sa forme plus que maladroite contrevient à l’éthique et aux valeurs de Causette en stigmatisant les prostitué.e.s plus qu’en les défendant. Une partie de la rédaction l’avait fortement signifié dès l’élaboration de ce papier mais n’a pas été entendue. Si la question de la prostitution est loin de mettre tout le monde d’accord au sein du magazine, nous avons toujours considéré qu’il était possible de la traiter en dépit de nos divergences. Nous considérons en outre que l’article « 55 raisons de résister à la tentation (pour vous, messieurs) » est en complète rupture avec la ligne éditoriale du magazine.»

Photo Past Eque