Dans son nouveau single Rap God, Eminem profère des insultes homophobes. Un retour aux mauvaises habitudes? Une simple provocation? Alors que le rappeur fait son grand retour après plusieurs années loin de la scène, ses écarts de langage ont été très critiqués. Un chanteur et DJ new-yorkais a interpellé sur Twitter la chanteuse australienne Sia pour lui faire part de son inquiétude. En effet, celle qui est à l’origine de plusieurs tubes comme Diamonds de Rihanna ou Double Rainbow de Katy Perry vient de collaborer avec Eminem. La chanson intitulée Beautiful Pain a d’ailleurs été dévoilée aujourd’hui. «Je n’attendais pas de réponse, mais, à ma grande surprise, elle m’a répondu et écouté attentivement, et nous avons eu une longue (selon les standards de Twitter) conversation», explique Keo Nozari.

«En tant que fan, je suis incroyablement déçu que vous fassiez un duo avec Eminem qui continue à répandre un discours anti LGBT.»

«Je sais personnellement qu’il n’est pas homophobe, mais un artiste de performance. Je ne travaillerais jamais avec quelqu’un que je crois homophobe.»

«Mais respecte-t-il la communauté gay et la vie humaine quand il dit ce qu’il dit? Les gosses le prennent pour argent comptant.»

«Il a son personnage, Slim Shady, qui représente le pire de l’Amérique. Je sais que ça peut être mal interprété.»

Face aux arguments de Keo Nozari, Sia semble au fur et à mesure moins sûre d’elle. Si elle affirme que le rappeur n’est pas homophobe, elle est réceptive quand le DJ avance que malgré cela, ceux et celles qui entendent les chansons d’Eminem n’ont pas nécessairement le recul ni les informations qui leur permettront de comprendre le second degré.

«Les enfants les plus vulnérables ne reconnaissent pas nécessairement les nuances entre un personnage et une célébrité qui dit et valide des stéréotypes négatifs.»

«Je sais, je suis assez anxieuse par rapport à ça moi-même. J’espère qu’il clarifiera ça dans un futur proche.»

«Il a eu eu de nombreuses opportunités pour clarifier ça depuis 2001. Il ne l’a pas fait et a blessé beaucoup de gens.»

Durant l’échange, la chanteuse ne cache pas être légèrement déstabilisée. Rares sont les personnalités publiques capables de se remettre en question et d’être à l’écoute d’une critique sur son comportement en tant qu’artiste, qui plus est aux yeux de tou.t.e.s sur Twitter. Pour montrer à Sia qu’il touche un point sensible, Keo Nozari lui a retweeté plusieurs messages d’insultes ou de menaces qu’il a reçus suite à cette discussion, preuve que certains mots ne sont pas anodins.

L’échange s’est malgré tout terminé sur une note positive, car les fans de la chanteuse seront ravi.e.s d’apprendre qu’elle a déjà en réserve plusieurs morceaux pour un rappeur bien plus gay-friendly cette fois-ci, Macklemore.

«AUCUN PROBLÈME AVEC LES HOMOS, LES HÉTÉROS, LES TRANS’»
De son côté, Eminem s’est exprimé sur les paroles homophobes du single Rap God dans une interview à Rolling Stone. Conformément aux dires de Sia, l’accusation d’homophobie ne tient pas, explique-t-il. Mais le rappeur ne semble pas non plus prêt à reconnaître que ses mots, même à travers un personnage, peuvent avoir un impact fort, notamment chez les jeunes. Pour Eminem, le terme «faggot» (pédé) n’est pas à prendre au pied de la lettre sorti de sa bouche:

«C’est comme si je traitais quelqu’un de salope, de connard ou de trou du cul. (…) Ça renvoie à cette guerre dans ma tête, le va-et-vient entre vouloir me sentir libre de dire ce que je veux et ensuite m’inquiéter sur ce qui pourrait affecter ou non les gens. Et, sans dire si c’est bien ou mal, mais au point où j’en suis dans ma carrière – mec, je dis tellement de merde sur le ton de l’ironie. Je m’amuse des autres, de moi-même. Mais le vrai moi, assis devant toi maintenant, en train de te parler, n’a aucun problème du tout avec les homos, les hétéros ou les trans’. Je suis content de vivre à un moment où on sent vraiment que chacun.e commence à pouvoir vivre sa vie et à exprimer qui il/elle est.»

Photo Capture