Comme l’année dernière, l’année d’avant et l’année précédente, la gay pride de Belgrade, qui devait avoir lieu hier, samedi 28 septembre, a été annulée par les autorités. L’État a une nouvelle fois prétendu que devant les menaces d’extrémistes, il ne serait pas possible d’assurer la sécurité des manifestant.e.s. «Nous avons décidé d’interdire l’événement en raison de sérieuses inquiétudes concernant la sécurité, a expliqué le premier ministre serbe Ivica Dacic, rapporte Le Monde. Ce n’est pas une capitulation face aux hooligans, mais une tentative d’empêcher le chaos dans les rues de Belgrade.»

«MAUVAISE AUGURE»
Des militant.e.s LGBT se sont toutefois rassemblé.e.s vendredi soir aux alentours de 23 heures devant des bâtiments institutionnels avec la banderole «Ceci est une gay pride». Un drapeau arc-en-ciel a pu être déposé devant le Parlement aux cris de «Vive la Serbie! Vive la gay pride!». Une manifestation empreinte de spontanéité selon une personne en tête du cortège: «On ne s’y attendait pas du tout. Je ne sais pas ce qui va se passer par la suite. C’est une surprise totale et il faut qu’on s’organise. Ce soir, on est là, au moins on aura fait quelque chose.» Pour le Premier ministre, cité par 360°, cette marche était juste un moyen pour les personnes LGBT de «se donner en spectacle» alors que des émissaires européen.ne.s sont présent.e.s dans le pays pour examiner la demande d’intégration de la Serbie à l’Union européenne.

Dans un communiqué relayé par l’AFP, le commissaire à l’Élargissement Stefan Füle a déploré le manque de volonté politique de la Serbie d’assurer la tenue d’une telle manifestation: «En tant que commissaire à l’Élargissement, je me suis engagé à demander aux pays candidats d’adopter entièrement les valeurs telles que la liberté de rassemblement et la liberté d’expression qui font partie des fondements principaux sur lesquels le projet de l’UE a été construit», a-t-il tancé à l’adresse de Belgrade. À la tête de la délégation européenne en Serbie, Michael Davenport a enfoncé le clou lors d’une conférence de presse en indiquant que l’annulation de la gay pride était de «mauvaise augure» à quelques mois de l’ouverture des négociations avec l’Union.

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L’ILGA-Europe a également condamné l’attitude de la Serbie. Présent à Belgrade pour l’occasion, Brian Sheehan a déclaré:

«L’attitude des autorités serbes est complètement inacceptable. Les forces de l’ordre serbes ont clairement fait savoir qu’elles étaient parfaitement capables d’assurer la sécurité des participant.e.s à la gay pride. Comme les années précédentes, les menaces de contre-manifestant.e.s ont été utilisés par les autorités serbes pour interdire cette marche pacifique. Une manipulation aussi flagrante n’est plus possible: il est du ressort d’un État d’assurer la protection de chaque personne qui veut exercer son droit constitutionnel à manifester pacifiquement. Si les autorités serbes considèrent avec sérieux l’intégration européenne, elles doivent cesser de céder aux menaces des hooligans et montrer concrètement que la Serbie s’engage à assurer le respect des libertés démocratiques fondamentales.»