Dimanche 15 septembre avait lieu le Glorifica Litoral, une cérémonie évangélique à São Sebastião. Sur scène, devant des centaines de fidèles, Marco Feliciano, homme politique et évangéliste, s’apprêtait à faire son discours lorsque deux jeunes femmes se sont mises à s’embrasser au beau milieu de la foule (à partir de 4’20). «Ces deux filles vont devoir sortir d’ici menottes aux poignets. Pas la peine de fuir, la garde civile est en train d’arriver jusqu’à elles. Ici, ce n’est pas un bordel, c’est la maison de Dieu», s’est-il écrié furieux en les voyant juchées sur les épaules de leurs amis et en train de s’embrasser avec passion. Car Marco Feliciano est un véritable paradoxe: viscéralement misogyne, homophobe et raciste, il a été propulsé président de la Commission des droits humains et des minorités au printemps dernier. En juin, il bataillait notamment pour faire passer le projet «cura gay» qui autorise désormais les traitements psychologiques visant à soigner l’homosexualité.

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«C’ÉTAIT NOTRE DROIT D’ÊTRE LÀ»
À peine Marco Feliciano avait-il proféré ses menaces que les deux femmes ont été appréhendées. Une autre vidéo, cette fois-ci prise dans la foule, montre des vigiles les interpeller puis les embarquer sans ménagement en dehors du site. Les deux femmes Yunka Mihura, 20 ans, et Joana Palhares, 18 ans, se sont expliquées sur leur geste trois jours plus tard dans une interview au site iGay: «Le rassemblement avait lieu dans un espace public, financé par nos impôts. Cette scène, ce micro, tout était payé par l’argent public. Il s’agissait, de plus, d’un espace ouvert. C’était notre droit d’être là», a déclaré Yunka Mihura (à droite sur la photo). «Nous sommes très en colère contre Feliciano. Nous étions là-bas contre le député et non pas contre le pasteur et sa religion. Nous voulons lui montrer notre indignation. Un député d’une Commission des droits ne devrait pas inciter à la violence ou même demander que les homosexuel.le.s soient arrêté.e.s parce qu’ils ou elles s’embrassent.»Toutes les deux précisent aussi qu’à leurs côtés des couples hétérosexuels n’ont pas été ennuyés alors qu’ils s’embrassaient eux aussi. «Trois policiers me tenaient, alors que je pèse 50 kilos», commente Joana Palhares. Elle et Yunka ont décidé de poursuivre la ville de São Sebastião et Marco Feliciano. La ville s’est défendue en arguant que les gardes civils avaient agi de la sorte pour éviter qu’elles ne se fassent agresser dans la foule.

DES VOIX POUR SOUTENIR YUNKA ET JOANA
Pour se défendre, le député homophobe a fait valoir l’article 208 du code pénal qui condamne le fait de tourner publiquement quelqu’un en dérision, au motif d’une croyance ou d’une fonction religieuse. Pour Adriana Galvão, présidente du comité d’études sur la diversité sexuelle et la lutte contre l’homophobie de l’Ordre des avocats du Brésil, l’argument ne tient pas: «Ces filles avaient le droit de circuler. C’était un acte qui faisait preuve d’une motivation discriminatoire. Demander à la police de faire partir quelqu’un d’un événement public, c’est une absurdité, ce n’était pas une secte fermée.» Le militant LGBT Marcelo Gerald a lui aussi soutenu Yunka et Joana en critiquant le fanatisme religieux de Marco Feliciano:

«Le droit des fanatiques religieux est en train de dépasser toutes les limites de l’acceptable. Feliciano doit être puni, rien ne justifie la violence déployée contre des lesbiennes dans un espace public.»

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