«Trente ans! Il aura donc fallu trente ans pour qu’une équation somme toute conventionnelle en infectiologie « un agent infectieux pathogène = un traitement » s’applique à toutes les personnes vivant avec le VIH en France». C’est ainsi que débute l’avant propos du Pr Philippe Morlat, qui a dirigé le groupe d’experts chargé des recommandations sur la prise en charge médicale du VIH, présenté ce matin au ministère de la Santé.
Et il faut se réjouir que le consensus existe sur la réponse à apporter: l’ennemi c’est bien le virus! Non seulement le bénéfice du traitement pour la personne séropositive n’est plus à démontrer, mais l’action préventive du traitement a été soulignée à plusieurs reprises par les experts.

COÛT DES TRAITEMENTS
Pendant plusieurs mois, médecins, chercheurs, experts de la santé, militants associatifs ont multiplié les réunions de travail pour rédiger le rapport 2013. L’accent est mis souvent, tout au long des chapitres, sur la nécessité de prendre en compte les coûts des médicaments. Ainsi, pour le choix du premier traitement et à efficacité équivalente, le médicament le moins cher est recommandé.

Jean-François Delfraissy, directeur de l’Agence Nationale de Recherches sur le sida, qui a chapeauté le Rapport (avec le Conseil national du sida), affirme que ses recommandations ne sont pas que des mots. «Le rapport contribue à l’excellent score de prise en charge et du nombre élevé de séropositifs ayant une charge virale indétectable en France.» Au total, la moitié des personnes séropositives vivant en France reçoivent des antirétroviraux et ont une charge virale contrôlée. C’est deux fois plus qu’aux États-Unis.

Dominique Costagliola (Inserm), chargée du chapitre sur l’épidémiologie, a cependant insisté sur la très forte disparité dans les nouvelles contaminations. Si le taux de nouvelles contaminations est de 17 à 19 pour 100.000 dans la population générale, ce taux atteint 1% chez les Hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH). Autre indicateur préoccupant, 29% des personnes sont diagnostiquées au stade sida ou avec moins de 200 CD4, ce qui est une perte de chance importante. Le rapport recommande donc d’améliorer le dépistage en réduisant le délai entre contamination et dépistage. «La diffusion de l’épidémie est très active chez les HSH» a-t-elle expliqué.

PRÉSERVATIF ET PRÉVENTION COMBINÉE
Dans le chapitre prévention, les experts sont tombés d’accord pour recommander le préservatif comme la méthode de référence. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut s’en contenter. Dans la prévention combinée, le traitement comme outil de prévention, le traitement post-exposition et le traitement pré-exposition, l’adaptation des pratiques sexuelles, ainsi que le dépistage régulier ont leur place. L’éducation à la sexualité doit être renforcée et François Bourdillon (CHU Pitié-Salpétrière), chargé de la partie «Dépistage et prévention» du rapport a plaidé pour un «soutien politique fort et un engagement des personnes concernées». On estime à 30.000 (dont 9000 gays) le nombre de personnes qui ignorent leur séropositivité. C’est dire que tout ce qui peut renforcer le dépistage (comme l’opération Flash Test en cours jusqu’au 29 septembre) est important. Les experts recommandent d’ailleurs la levée de l’anonymat dans les Centres de dépistage, pour faciliter le recours au test. Le test confidentiel mais nominatif permet de recontacter la personne, de lui proposer un suivi.
Toujours chez les gays, les experts ont souligné l’augmentation constante des contaminations par le virus de l’hépatite C (VHC) transmis par voie sexuelle.

Aides et Act Up-Paris, les deux principales associations de lutte contre le sida, jugent plutôt favorablement le rapport d’experts. Pour Act Up-Paris, «il faut néanmoins développer les dispositifs en direction des précaires, et le gouvernement doit par ailleurs mener une politique globale et cohérente qui ne précarise pas les travailleurSEs du sexe, les trans ou les migrantEs, et mettre en application les lois sur l’égalité d’accès à la prévention et aux soins dans les prisons et sur la suspension de peine pour raison médicale.»
Aides salue de son côté «les avancées sur l’offre de santé sexuelle» mais regrette qu’il n’est pas été fait mention du cannabis thérapeutique. L’association réclame par ailleurs que le Rapport soit réactualisé dans deux ans.

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, qui a commandé ce rapport a maintenant toutes les cartes en main pour mener à bien une politique volontariste. La question est de savoir si elle s’en donnera les moyens.

Pour connaître l’avis des deux représentants associatifs Marianne L’Hénaff et Renaud Persiaux, lire Rapport d’experts VIH : le point sur les recommandations françaises 2013, sur Séronet.

Photo Xavier Héraud