La France avait la Halde (désormais fondue dans le Défenseur des Droits), la Belgique a le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, service public indépendant dont le but est la lutte contre les discriminations. C’est à lui qu’ont, par exemple, fait appel les deux femmes harcelées par leur voisinage à Herstal. Quel soutien le Centre peut-il apporter dans un cas comme celui-ci? «Pour commencer nous aidons en écoutant et en reconnaissant les faits, ce qui est très important pour les victimes, nous explique Patrick Charlier, directeur adjoint du Centre. Dans un deuxième temps, nous cherchons des solutions qui correspondent à leurs problèmes. Pour le cas précis de ce couple, nous avons déjà contacté la Société du logement social qui dispose de personnel pour résoudre les conflits de voisinage.» Les discriminations ne constituent pourtant pas une justification suffisante pour permettre un déplacement des personnes dans un autre logement social, souligne Patrick Charlier:

«L’homophobie ou le racisme ne peuvent pas être des critères, et quand bien même, la société ne dispose pas des pouvoirs pour mener une enquête afin de vérifier qu’il y a bien eu harcèlement en raison de ces facteurs. Mais nous sommes aussi allés voir la police, afin de porter plainte pour harcèlement, ainsi que pour voie de fait car il y a quand même eu vol de courriers, dégradation de leur véhicule. Nous avons aussi envoyé un courrier au Parquet»

«Notre rôle au Centre, c’est notamment d’attirer l’attention sur le motif homophobe. Dans l’affaire d’Herstal, on se retrouve dans un conflit de voisinage où il est très difficile d’intervenir car d’autres éléments que l’homophobie entrent en ligne de compte. La querelle était interpersonnelle et s’est envenimée, il semble par exemple que les jeunes femmes en question n’aient pas respecté la réglementation concernant les poubelles. Il y a donc eu une escalade.»

HARCÈLEMENT ET HOMOPHOBIE
Le Centre est-il souvent amené à traiter des cas de harcèlement homophobe?

«Oui, généralement c’est souvent lié au racisme ou à l’homophobie, moins souvent au handicap. Nous avons remarqué que pour ce qui est de l’orientation sexuelle, la dimension du harcèlement arrive très rapidement, que ce soit dans l’humour ou dans l’agressivité et dans des contextes très divers, la vie privée, mais aussi à l’école, au travail.»

Pour lutter contre l’homophobie dans le voisinage, Patrick Charlier approuve l’action des communes. Elles peuvent en effet être efficaces au niveau local:

«Je sais que le bourgmestre (l’équivalent du maire, ndlr) d’Herstal a reçu les jeunes femmes. Il a en effet une responsabilité dans ces affaires, cela touche à l’ordre public, à la sécurité.»

Patrick Charlier précise que le Centre travaille aussi auprès des communes pour sensibiliser le personnel social et administratif. Pour cela, le guide Réflexe Egalité a été créé en 2007. De plus, il existe désormais, dans certaines villes, un échevin (élu.e adjoint.e au bourgmestre) délégué.e à l’égalité des chances qui prend en charge les questions d’égalité et de diversité.

EN BELGIQUE AUSSI, LA PAROLE HOMOPHOBE S’EST LIBÉRÉE
En France, des affaires de harcèlement comme celle d’Herstal surprennent car la Belgique passe souvent comme étant plus LGBT-friendly, notamment pour avoir ouvert le mariage et l’adoption aux couples de même sexe bien avant la France. Mais pour Patrick Charlier, aujourd’hui plus que jamais, il faut nuancer cette impression:

«On a constaté que les manifestations contre le mariage pour tous en France ont eu un retentissement, car en Belgique aussi elles ont provoqué une libération de la parole homophobe. L’ouverture des droits a été une avancée, mais il reste un fond d’homophobie, c’est une réalité. Il n’y a pas de changement radical, avec une acceptation sans réserves, même quand il y a ce genre de progrès.»

Le directeur adjoint du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme conclut néanmoins sur une note plus encourageante en citant l’exemple d’Elio di Rupo:

«Notre Premier ministre est homosexuel, ça n’a jamais posé problème, personne ne l’attaque là-dessus. Parce qu’il est wallon, francophone, socialiste, oui… mais pas parce qu’il est homosexuel!»

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