Le Conseil des Associations a validé hier soir, mardi 24 septembre, l’élection de Nathalie Mestre et de Mathieu Nocent en tant que co-porte-parole de l’Inter-LGBT et co-secrétaires de la commission politique. Le tandem avait présenté une candidature commune axée sur la parité, la diversité, la collégialité et l’ouverture.

MOINS DE «PERSONNALISATION»
Une femme et un homme «pour représenter au mieux la diversité des associations et des quatre lettres: L, G, B et T», avance Nathalie Mestre. «Toutes les associations ne se ressemblent pas, complète son homologue. Nous portons la même chose, les mêmes points de vue, la même parole, mais avec une diversité de forme.» Un moyen aussi d’alléger le poids de la fonction en la plaçant sur quatre épaules au lieu de deux: «On s’est rendu compte qu’on était beaucoup dans l’action-réaction, constate Nathalie Mestre. L’année dernière, tout a été concentré sur Nicolas Gougain, le porte-parole, d’où un goulot d’étranglement. Il devenait indispensable d’éviter ça. Nous miserons plutôt sur l’inter-associative. Même s’il est nécessaire qu’il y ait une personne identifiée dans les médias, le co-porte-parolat évitera la personnalisation.»

Les statuts ne reconnaissent pour l’instant qu’une seule personne pour occuper la fonction de porte-parole, mais une modification devrait bientôt être effectuée pour régulariser la situation et entériner de façon pérenne la présence d’un binôme paritaire pour la communication de l’Inter-LGBT vers l’extérieur. Les porte-parole voudraient également donner plus d’importance aux associations. «Elles sont le cœur de l’Inter-LGBT, veut croire Mathieu Nocent. Ce sont elles qui définissent la stratégie politique et médiatique, pas les porte-parole.» Elles seront appelées à s’exprimer plus souvent aux côtés du tandem:

«Il y a eu peu de travail de fond par rapport aux dossiers qu’on a pu traiter l’an passé, juge Nathalie Mestre. Il y avait des groupes de travail, mais il est indispensable de réactiver la production d’argumentaires. Cela permettra aux associations de s’impliquer plus facilement dans le travail inter-associatif. Certaines d’entre elles ont des connaissances très pointues sur quelques sujets, d’autres ont l’expérience du terrain. C’est une richesse importante à exploiter et à mettre en avant pour nous donner plus de visibilité. Tout est déjà discuté en commun, mais ça ne se voit pas forcément. La séquence politique dans laquelle nous entrons implique d’avoir des réponses en béton.»

INTER-LGBT vs. «LMPT»
«On est là pour convaincre avec des arguments de fond, abonde Mathieu Nocent. C’est ça qui améliorera la situation, qui permettra d’améliorer la situation des trans’ et aux femmes d’accéder à la PMA. Nous devons faire un travail de fourmi et de pédagogie. Regardez ce qu’il a fallu faire pour le mariage! Il y a encore beaucoup à faire sur la PMA et pour que le grand public sache ce que vivent et ce que ressentent les trans’, par exemple. C’est ça, notre travail.»

Face à la «Manif pour tous» dont les sbires écumaient les plateaux télé et les studios de radio, on a moins entendu l’Inter-LGBT pendant le débat sur l’ouverture du mariage. Pour Mathieu Nocent, qui était déjà co-secrétaire de la commission politique l’an dernier, cela est lié à des différences de moyens:

«On a su être réactifs/ves, mais on n’avait pas les mêmes ressources. Nous, nous croyons au fait que le fond finit par l’emporter. Tant que nos arguments seront compréhensibles, ils finiront par l’emporter. La « Manif pour tous » avait un marketing rodé, mais peu d’arguments et de relais institutionnels. Nous, nous sommes identifié.e.s.»

«On veut éviter de sortir une nouvelle connerie tous les jours, tance Nathalie Mestre. Pour avoir du solide dans l’argumentaire, le positionnement  et la stratégie, il faut du temps. Le processus est plus long et il nous faut être forces de proposition.»

«SYNERGIES»
Mathieu Nocent et Nathalie Mestre défendent par ailleurs l’idée d’une ouverture de l’Inter-LGBT vers des organisations non-LGBT. «On nous a enfermé.e.s dans l’idée qu’on est un lobby, reproche la co-porte-parole, mais les questions que nous posons concernent toute la société. Qu’est-ce qu’une famille, comment se vit la parenté? Les familles monoparentales, recomposées ou avec des enfants adopté.e.s se posent aussi ces questions. Nous garderons nos spécificités mais nous ne sommes pas isolé.e.s.» Son homologue se veut pragmatique: «Pour être entendu.e.s et percutant.e.s, nous devons nous rapprocher des non-LGBT. Il faudra trouver des synergies avec d’autres associations et des personnalités, par exemple. Nous renforcerons cela en ouvrant nos groupes de travail à d’autres ou en organisant des événements communs.»

Photos Antoine Roulet (Nathalie Mestre) / Flux Tendu/Nicolas Rividi (Mathieu Nocent)