Christelle FoucaultMonsieur Parker,
Au lendemain de la victoire historique de la France, c’est avec tout le respect dû à votre rang, à votre talent, à votre formidable réussite que je vous écris. Le plaisir éprouvé après votre succès a en effet été gâché par un bien malencontreux dérapage après la demi-finale du championnat d’Europe de basket-ball, vendredi 20 septembre.

Pris au piège d’une déclaration à chaud d’après match, vous aviez alors qualifié vos coéquipiers et vous-même de «tapettes» pour expliquer votre déception quant à votre niveau de jeu de première mi-temps.

À en croire votre énervement, être «une tapette» serait la cause de votre piètre niveau de jeu. En extrapolant, nous pourrions donc en déduire que l’on ne peut être «homosexuel» et qualifié pour la finale d’un championnat d’Europe. Que la «tapette» est faible, manque de combativité, n’est pas digne d’être un sportif de haut niveau qui brigue la première place. Voilà le sens de votre remarque. Comment dès lors peut-on s’étonner qu’elle ait choqué une communauté et au-delà et que l’on vous ait demandé de présenter des excuses?

Monsieur Tony Parker, je suis admirative de votre parcours de basketteur. Mais ce dérapage annihile tout le bien que je pensais de vous. Vous ne vouliez pas blesser.

Votre remarque «était davantage maladroite que partisane ou homophobe», avez-vous déclaré. Six millions de téléspectateurs regardaient la finale dimanche soir. Combien de personnes vous ont entendu faire cette déclaration?

Que vous vous soyez excusé, que vous ayez rapporté des paroles de vestiaires, cela ne change rien à l’affaire. Des enfants, des adolescent.e.s, des adultes vous ont entendu tenir ces propos discriminants et insultants pour les homosexuel.le.s. Combien, parmi les téléspectateurs/trices, sont concerné.e.s par ces propos? Combien de personnes vivent mal, au quotidien, ce genre de quolibet et d’insultes gratuites? Avez-vous conscience, Monsieur Parker, de la valeur d’exemple que vous représentez? Aujourd’hui, un.e adolescent.e homosexuel.le a 7 fois plus de risques de faire une tentative de suicide qu’un.e autre adolescent.e du fait de la difficulté à s’accepter, à supporter le regard des autres.

La Fédération sportive gaie et lesbienne milite depuis plus de 25 ans pour faire accepter les homosexuel.le.s dans la société par la pratique sportive. Toute l’année, nous organisons des rencontres sportives, participons à des colloques, formons des entraîneur.e.s, en lien avec le ministère des Sports, pour les sensibiliser à la lutte contre les discriminations en prônant le «zéro tolérance». Votre déclaration nous fait faire un gigantesque pas en arrière.

Ne doutant pas que ce dérapage soit dû à un manque d’information, nous vous proposons de vous engager à nos côtés pour mieux comprendre l’impact de l’homophobie dans le sport et mettre votre image au service de notre combat.

Pour cela, plus que de simples excuses qui n’ont de valeur que pour celles et ceux qui les acceptent, nous serions heureux/ses de vous compter parmi nos ambassadrices et nos ambassadeurs pour promouvoir l’acceptation de toutes et tous dans la sphère sportive et au-delà. Pourquoi ne pas rejoindre le mouvement de Paris 2018, comme votre homologue de l’équipe de France féminine, Céline Dumerc, en soutenant la candidature de Paris à l’organisation des 10e Gay Games? Des jeux multisports et culturels ouverts à toutes et tous, sans distinction aucune, et où chacune et chacun est respecté.e pour ce qu’elle ou il est. Cela serait une manière de montrer concrètement votre engagement à nos côtés.

Photos DR / FranceTVInfo (Tony Parker)