Les 111 corps exposés à la galerie ENTRE, au Laboratoire de la Création à Paris, sont le fait d’une «démarche personnelle» de Grégoire Gitton, qui a transformé en dessins des photos de femmes et d’hommes devant leur miroir, un smartphone à la main, bien décidé.e.s à séduire.

Comment avez-vous élaboré cette série de dessins? Je travaille sur la façon dont les gens utilisent leur image et le porno. Mon but était de transposer ces photos des 111 «Narcisses» sur un autre médium: le dessin. J’ai enlevé les visages pour m’intéresser à l’attitude du corps, à leur pose. J’ai choisi d’utiliser du papier quadrillé pour donner de la profondeur à ce qui est effacé et pour aider à se projeter dans le personnage. Le papier lui-même provient d’épreuves de bac pour marquer l’idée sous-jacente que se prendre en photo devant un miroir n’est pas un exercice facile. Je me suis amusé à le faire et je suis moi-même dans la série, mais avec le regard qu’on pose sur soi-même, il y a un jugement.

Quel message avez-vous souhaité transmettre? Je ne cherche pas à susciter quelque chose chez la personne qui regarde. C’est une démarche personnelle pour montrer qu’il ne s’agit pas de poses naturelles mais qu’on a du fait des magazines de mode et des autres utilisateurs/trices des sites de rencontres ou des applis comme GrindR. La mise en valeur du corps est tout sauf naturelle, ces photos sont le fruit d’un artifice dérangeant. Certain.e.s trouvent ça beau, d’autres ont peur. Mais il faut bien comprendre que ces photos sont prises devant un miroir. Les personnes s’observent et ont tout le loisir de choisir ce qu’elles veulent évoquer.

Comment vous est venue l’idée? Au départ, je prenais des gens que je ne connaissais pas sur Internet et j’en ai fait un Tumblr. Qui a connu du succès au fur et à mesure. Des gens m’ont écrit pour que je les dessine. La deuxième phase du narcissisme est survenue quand des gens ont été intéressés pour être dans la série exposée. Et le comble du narcissisme, ce sont les gens qui utilisent mes dessins sur des chats alors que ce n’est pas de leur corps qu’il s’agit. Je trouve ça génial, cette mise en abyme.

Peut-on être séduisant.e et beau/belle sans visage? La beauté est quelque chose de très subjectif. Certain.e.s la voient dans le visage, d’autres dans un corps. Pour moi, la beauté, c’est assez empirique, elle est dans l’attitude corporelle. Certain.e.s sont tout.es maigres, d’autres baraqué.e.s, d’autres musclé.e.s… C’est cette multiplicité des corps qui donne de la beauté.

La galerie ENTRE est ouverte de 14h à 19h du mardi au samedi, au 111, rue Saint-Honoré à Paris. L’exposition «Narcisses» de Grégoire Gitton y sera présentée jusqu’au 28 septembre.

Images de la série publiées avec l’aimable autorisation de l’artiste

Photo Thomas Lapointe