Robert et Elisabeth Badinter ont reçu vendredi dernier les insignes de Docteur Honoris Causa de l’Université libre de Bruxelles (ULB). À cette occasion, l’ancien Garde des Sceaux a reçu chez lui, à Paris, trois journalistes belges pour Le Grand Oral RTBF-Le Soir. L’entretien a d’abord porté sur l’abolition de la peine de mort:

«C’est très rare dans une vie d’homme de se battre intensément pour obtenir une mesure à laquelle on croit passionnément – et pour moi l’abolition était une grande cause –, de la voir de son vivant triompher et de se dire qu’on n’y a pas été complètement étranger.»

LE MARIAGE POUR TOUS, «PROGRÈS NÉCESSAIRE ET INÉVITABLE»
La question de l’égalité des droits entre homos et hétéros et de la lutte contre l’homophobie a été abordée à plusieurs reprises. Vers la 8e minute, Robert Badinter refuse de faire un parallèle entre l’opposition à l’abolition de la peine de mort et celle à l’ouverture du mariage aux couples homosexuels: «J’ai regardé, d’ailleurs assez étonné, cette effervescence autour de ce qui me paraissait un progrès nécessaire – et j’ajouterai inévitable, dans un pays comme le nôtre – de la condition des homosexuel.le.s. C’était le dernier pas vers l’égalité, il suivait le pacs, qui a été un moment très important dans ce domaine, parce que c’est le moment de la reconnaissance légale du couple homosexuel. Le mariage… Chacun sait que le mariage est une institution qui en ce moment n’est pas dans un état, dirons-nous, de prospérité excessive. Beaucoup de couples ne se marient pas, beaucoup se pacsent, très nombreux sont les divorces… Le mariage, pourrait-on dire, n’est plus ce qu’il était. Mais en tant que symbole, il témoignait de ce que le couple homosexuel devait être traité exactement comme le couple hétérosexuel. C’était le dernier pas vers l’égalité.»

«J’ai vu des passions se réveiller à ce sujet, je suis resté très perplexe parce que, disons-le simplement, en quoi le fait qu’un couple homosexuel choisisse de se marier enlève quoi que ce soit aux couples hétérosexuels? […] Je pense pour ma part que cette effervescence a probablement d’autres causes.»

«LE DROIT DE DISPOSER LIBREMENT DE SON CORPS»
Plus «révolté» qu’«indigné», Robert Badinter «n’accepte pas» «les violences à caractère raciste ou homophobe ou antisémite, tout ce qui est agression de l’autre pour ce qu’il est».

«Ça me révolte parce que c’est une négation de sa qualité d’être humain avec la dignité que l’on doit reconnaître à l’autre. Ça, ça me révolte. (…) Le fait que dans certaines sociétés, aujourd’hui encore, on condamne à mort des adultes parce qu’ils ont des relations homosexuelles, à mort ou à des peines de prison très lourdes, là je suis révolté. Parce que c’est le droit de disposer librement de son corps. Vous êtes adulte, un autre adulte connaît avec vous des plaisirs qui leur conviennent à tous les deux, dans l’intimité de leur vie privée. Nul ne saurait y voir à redire. Mais, en plus, le transformer en délit voire en crime, punir ce qui n’est rien d’autre que la libre disposition de son corps, de peines d’emprisonnement, de supplices corporels, voire de mort, oui ça me révolte.»

Il poursuit: «L’espèce d’indifférence avec laquelle on apprend que ici ou là, en Iran, en Arabie saoudite ou dans certains États africains, on a condamné à 20 ans ou à la peine de mort, des adultes pour pratiques homosexuelles librement consenties, je suis indigné par le silence général. On se mobilise d’une façon considérable pour qu’on passe du pacs au mariage, je voudrais voir la même indignation, la même révolte quand il s’agit de peine de mort pour ce qui est simplement la libre disposition par l’adulte de son corps.»

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