Dans l’émission Point G comme Giulia, la thématique jeudi soir était la bisexualité, à quelques jours de la Journée de la bisexualité. «Serions-nous tous bisexuels?» demandait l’animatrice Giulia Foïs à ses auditeurs/trices. Pour répondre à la question, Michèle Boiron, sexologue, et, par téléphone, Vincent Strobel, président de l’association Bi’cause.

LA BISEXUALITÉ, QUELQUE CHOSE «À RÉGLER»
«La bisexualité, c’est une étiquette à la mode, ou une identité, une orientation?» Michèle Boiron commence: «C’est terrible les étiquettes, c’est une stigmatisation, je ne suis pas tout à fait pour une étiquette, mais une orientation… Oui, la bisexualité vient de Darwin, ça vient de l’embryologie et à partir de Freud, cela fait partie de la psychanalyse, c’est inscrit dans l’inconscient. La bisexualité, c’est un passage, on doit le régler, c’est l’œdipe, c’est à ce moment-là qu’on doit faire un choix sexuel. Alors le choix ne se fait pas forcément, soit on accepte la différence des sexes, soit on est dans le déni, soit on choisit.» Le ton est donné, c’est donc sous un angle psychanalytique que sera traité le sujet.

Un témoignage apporte d’autres pistes. «Pourquoi ça pose des questions? Pourquoi ça excite les hétéros?» interroge l’animatrice. «On n’est pas à égalité là-dessus, la femme a plus de mobilités, elle peut revenir à ses premiers objets.» La thérapeute n’explique pas si ce sont les hommes ou les femmes qu’elle désigne par «premiers objets». «C’est une conduite qui excite l’homme. Dans les clubs, il y a un accès à une bisexualité pour les femmes.» D’autres questions émergent: la bisexualité, une forme de transgression? Commence-t-elle au désir ou au sentiment amoureux?

LA BISEXUALITÉ, UNE FAÇON D’ÊTRE AU MONDE
Vincent Strobel, président de Bi’cause, intervient un peu plus tard dans l’émission (à partir de 21’30) «C’est quoi la cause des bi.e.s?» questionne Giulia Foïs. «C’est être reconnu.e, que la bisexualité soit reconnue comme une orientation sexuelle comme une autre et pas comme des gens en transition, indécis, coureurs de jupons ou de shorts, explique Vincent Strobel. C’est une façon d’être au monde, plutôt qu’une style de vie. Mais on nous renvoie qu’on n’est pas sérieux, qu’il faut choisir son camp. Mais on n’est pas en guerre.» Le président de l’association explique aussi que la bisexualité sort du binaire, du cadre homo/hétéro. «Ce qu’on demande, c’est que tous les aspects de la vie sociale de la bisexualité soient reconnus. L’homosexualité commence à l’être, dans l’éducation, dans la vie sociale.» Il note par ailleurs une ouverture de la part des associations LGBT, aujourd’hui plus qu’auparavant, concernant les bisexuel.le.s.

LA BISEXUALITÉ, UNE ILLUSION
Michèle Boiron questionne à son tour Vincent Strobel: «Y a-t-il un idéal de la bisexualité où le manque n’existe pas? Avez-vous des manques?» Personne ne semble remarquer l’énormité de la question. «Bien sûr, la situation personnelle et sociale fait qu’on ne peut pas être pleinement satisfait», répond donc Vincent Strobel. Il rappelle l’existence du manifeste des bisexuel.le.s et conclut: «Quand on tombe amoureux ça perturbe la vie qu’on avait. Si on ne se complique pas l’existence à avoir des interdits mis par les autres, c’est nettement mieux.» «Mais vous avez besoin de la reconnaissance des autres, renchérit Michèle Boiron citant Joyce McDougall, qui parlait d’une «illusion bisexuelle»: «Elle dit que la bisexualité existe, mais on fait toujours face à l’angoisse de castration. Il y aura toujours un manque, l’humain ne peut pas être un tout, il ne peut pas se satisfaire… euh… et la sexualité n’est pas là pour combler tout à fait ce manque existentiel qu’on a. C’est là où il y a peut-être une illusion mais voilà tout est bon à essayer, puisque le vie c’est quand même assez compliqué, la vie sexuelle aussi.» «Qu’on soit homo, hétéro, bi, il y a des manques de toutes façons», coupe Giulia Foïs. Sur le jargon psychanalytique de la sexologue, Vincent Strobel ne réagit pas davantage et cite Fritz Klein, un sexologue dans le prolongement du travail de Kinsey: «La sexualité est un perpétuel chemin, et un perpétuel devenir ce qui est vrai aujourd’hui, ne l’était pas forcément hier, et sera différent demain, et c’est aussi le message auquel on tient à Bi’cause, c’est le fait de dépasser les catégorisations autant de bisexualité que d’individus.» Des témoignages viennent par la suite lancer d’autres pistes.

LA RARETÉ DE LA VRAIE BISEXUALITÉ
C’est Michèle Boiron qui termine l’émission, en expliquant qu’il ne faut pas confondre le comportement bisexuel et la personnalité bisexuelle, qui est selon elle beaucoup plus rare.

Dommage que personne n’ait rappelé au cours de l’émission que les personnes bies, homos, ou hétéros ont droit à l’autodétermination. Car à distinguer comportement, identité, personnalité, bientôt les bi.e.s devront apporter des preuves de leurs expériences sexuelles et/ou sentimentales, pour montrer qu’ils/elles rentrent bien dans la catégorie des bi.e.s. Biphobie, pansexualité, les thèmes à aborder restent nombreux. Pourquoi pas dans une prochaine émission… sans Michèle Boiron.

À écouter sur Le Mouv’.