C’est dans Civiltà Cattolica, revue religieuse dont le contenu est approuvé par le Vatican et dans les revues culturelles jésuites de 16 pays d’Europe et d’Amérique, que le pape François s’est de nouveau exprimé sur les homosexuel.le.s, ainsi que sur d’autres sujets brûlants pour l’Église catholique… au risque de se mettre à dos les plus conservateurs. Selon lui, l’Église serait devenue obsédée par le mariage pour les couples de même sexe, l’avortement et la contraception:

«Les enseignements, tant dogmatiques que moraux, ne sont pas tous équivalents. Une pastorale missionnaire n’est pas obsédée par la transmission désarticulée d’une multitude de doctrines à imposer avec insistance.»

Après ses propos tenus à son retour des JMJ à Rio de Janeiro, le pape confirme un changement de ton l’Église à l’égard des homosexuel.le.s. Son interview dans la revue catholique l’entérine: «À Buenos Aires j’ai reçu des lettres de personnes homosexuelles, qui sont des “blessés sociaux” parce qu’elles se ressentent depuis toujours condamnées par l’Église. Mais ce n’est pas ce que veut l’Église. Lors de mon vol de retour de Rio de Janeiro, j’ai dit que, si une personne homosexuelle est de bonne volonté et qu’elle est en recherche de Dieu, je ne suis personne pour la juger. Disant cela, j’ai dit ce que dit le Catéchisme [de l’Église catholique].

Suit alors une phrase qui devrait particulièrement intéresser Christine Boutin ou l’archevêque de Lyon Philippe Barbarin:

«La religion a le droit d’exprimer son opinion au service des personnes mais Dieu dans la création nous a rendu libres: l’ingérence spirituelle dans la vie des personnes n’est pas possible.»

Le pape s’est également exprimé sur l’avortement et fait preuve là encore d’une pensée plutôt inédite dans le paysage religieux: «Le confessionnal n’est pas une salle de torture, mais le lieu de la miséricorde dans lequel le Seigneur nous stimule à faire du mieux que nous pouvons. Je pense à cette femme qui avait subi l’échec de son mariage durant lequel elle avait avorté; elle s’est ensuite remariée et elle vit à présent sereine avec cinq enfants. L’avortement lui pèse énormément et elle est sincèrement repentie. Elle aimerait aller plus loin dans la vie chrétienne: que fait le confesseur?» Plusieurs cas d’excommunications après des avortements avaient profondément choqué durant le pontificat de Benoît XVI. Sur les femmes au sein de l’Église, le chef de l’Église catholique prône l’élaboration d’une «théologie approfondie de la femme» pour intégrer enfin des représentantes religieuses.

Le pape semble déterminé à ce que l’Église catholique baisse d’un ton sur certains sujets, et cesse de prendre l’avortement ou les droits des LGBT comme chevaux de bataille, pour réaffirmer son existence et son poids dans le monde. Un avis loin de plaire à tout le monde:

«Nous ne pouvons pas insister seulement sur les questions liées à l’avortement, au mariage homosexuel et à l’utilisation de méthodes contraceptives. Ce n’est pas possible. Je n’ai pas beaucoup parlé de ces choses, et on me l’a reproché. Mais lorsqu’on en parle, il faut le faire dans un contexte précis. La pensée de l’Église, nous la connaissons, et je suis fils de l’Église, mais il n’est pas nécessaire d’en parler en permanence.»

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