L’idée a émergé après la pétition de 2009 «Paris: Quand la nuit meurt en silence», qui avait donné lieu à la tenue des États Généraux de la Nuit en 2010. Des États Généraux qui avaient rassemblé les riverain.e.s, les professionnel.le.s de la nuit… mais pas le public. «Il n’y avait pas d’interlocuteurs/trices pour les noctambules, en somme pas de syndicats de clubbers», plaisante Éric Labbé, responsable de la communication du Showcase, DJ et militant de la nuit parisienne. Voilà d’où est partie l’idée d’élire un.e Maire de la Nuit de Paris: «Il nous semblait nécessaire aujourd’hui de trouver une représentation. Nous sommes nombreux/euses, mais nous n’avons pas de moyens de nous exprimer. Avec cette élection, nous allons trouver un visage et une voix.»

«PAS UNE FARCE»
«On ne parle jamais des trains qui sont à l’heure, seulement de ceux qui sont en retard, commente Florent Ciccoli, fondateur du festival Culture Bar-Bars en Ile-de-France. Aujourd’hui, on veut donner la parole à ceux/celles qu’on entend jamais, mais qui aiment la vie la nuit.» En effet, les associations de riverain.e.s qui ont fait de la lutte contre les nuisances sonores et la prolifération des terrasses leur cheval de bataille sont, elles, très virulentes. «Il y a le Réseau Vivre Paris! qui est très actif contre les professionnel.le.s de la nuit, alors qu’il ne faut pas oublier qu’il y a aussi des sympathisant.e.s, renchérit Christophe Vix-Gras de l’association Technopol. Malheureusement on ne prend en considération que la voix du plaignant.» «Nous sommes tous des riverain.e.s», rappelle Eric Labbé. Pourquoi alors ne pas se monter aussi en association?

«C’était plus compliqué et l’association s’adapte mieux à la vie locale d’un quartier, pas pour représenter les noctambules à l’échelle de Paris. On ne veut pas quelque chose de simplement folklorique comme le maire de Montmartre. Cette élection, ce n’est pas une farce. Ce qu’on cherche, c’est quelqu’un.e qui portera ce rôle symbolique de représentation.»

Une initiative purement parisiano-parisienne? Pas du tout, puisque Nantes s’apprête aussi à lancer son élection au même moment, tandis que Toulouse et Lille préparent également un scrutin.

UN.E MAIRE DE LA NUIT… JUSTE AVANT LES MUNICIPALES
«Avant, la Nuit était un non-sujet politique. Maintenant, ça bouge enfin!» se réjouit Éric Labbé. Sans oublier qu’en terme de calendrier, l’élection tombe peu de temps avant le rendez-vous des municipales. Les journalistes de Streetpress ont d’ailleurs été prendre la température du côté de deux des candidates à la mairie de Paris. Du côté d’Anne Hidalgo, le soutien est total: «Il faut des représentants pour ce type de lieux, a fait savoir Bruno Julliard, son porte-parole. Anne Hidalgo a d’ailleurs fait une proposition pour un poste d’adjoint.e en charge de la nuit. Ils auraient leur place dans les discussions parmi d’autres interlocuteurs/trices légitimes.» Un avis que partage l’élu municipal Ian Brossat, très emballé par le projet: «C’est une très bonne initiative. On a souffert ces dernières années que les consommateurs/trices des nuits parisiennes soient absent.e.s du paysage.» Du côté de Nathalie Kosciusko-Morizet, silence radio.

POURQUOI PAS VOUS?
Envie de devenir maire? Le dépôt des candidatures se fait par mail dès aujourd’hui et jusqu’au 16 octobre, avant un premier tour sur Facebook entre le 18 et le 31 octobre. «Chaque candidat.e devra faire parvenir un programme, une sorte de profession de foi, avec ses idées. Les personnes peuvent aussi se présenter en équipe si elles le souhaitent.» À l’issue de ce premier vote, un débat aura lieu le 6 novembre, avant le second tour qui se tiendra dans de nombreux lieux nocturnes parisiens toute la nuit du samedi 9 novembre.

Vous avez des idées, des revendications, des envies… et vous souhaitez présenter votre candidature?
Vous êtes un.e professionnel.le de la nuit et vous voulez accueillir le vote dans votre établissement?
Toutes les informations sont sur la page Facebook de l’élection du ou de la Maire de la Nuit à Paris.

Photo Brejnev