tract genderLors de la rentrée des classes, des collectifs proches de la «Manif pour tous» ont distribué des tracts (cliquer sur l’image ci-contre pour l’agrandir) devant plusieurs écoles primaires. Dans leur viseur, l’ABCD de l’égalité, un outil pédagogique pour enseigner l’égalité homme/femme et lutter contre les discriminations en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre dans les écoles primaires. Mais pour la «Manif pour tous», le dessein caché de ce programme est bien plus dangereux: il s’agirait en vérité de «déconstruire la complémentarité des sexes» et d’«arracher les enfants aux déterminismes familiaux». L’ABCD de l’égalité est actuellement en cours d’expérimentation depuis la rentrée dans plusieurs académies, avant d’être appliqué à la rentrée 2014.

DES ASSOCIATIONS EMBRIGADÉES À LEUR INSU
Les tracts mentionnent très clairement qu’un des moyens de s’opposer à l’enseignement de l’égalité est d’adhérer aux associations de parents d’élèves. Interrogées par Yagg, deux associations explicitement mentionnées, la fédération des Parents d’élèves de l’enseignement public (Peep) et l’Association des parents d’élèves de l’enseignement Libre (Apel), se sont dites très surprises de se voir associées à cette action. La présidente de la Peep, Valérie Marty, ne cache pas son profond étonnement: «Il ne peut s’agir que d’un malentendu. Notre association est profondément apolitique, nous prônons le respect et la laïcité. Les discussions politiques n’entrent pas à l’école. Concernant l’objet de ses tracts, la mobilisation contre « la théorie du gender », nous ne rentrerons pas dans ce débat. Et si des parents d’élèves souhaitent le faire au sein de nos associations, les responsables associatifs verront qu’il s’agit d’un malentendu. Nous n’abordons que les sujets éducatifs, et toujours dans l’intérêt de l’enfant.» À l’Apel, même son de cloche: «L’association se revendique apolitique et aconfessionnelle. L’Apel refuse d’être associée de cette manière à ces actions. Nous soutenons l’enseignement catholique, mais nous ne sommes en aucun cas lié.e.s à ces collectifs.»

DES «COMITÉS DE VIGILANCE GENDER»
Désormais, la «Manif pour tous» incite les parents à devenir parent délégué de la classe de leurs enfants ou à rejoindre un «comité de vigilance Gender» et à s’immiscer auprès des équipes pédagogiques pour veiller à ce que les enseignants ne fassent pas la «promotion du genre» dans leurs classes. Comme elles l’avaient fait par le passé lors de la polémique sur un soi-disant enseignement de la «théorie du genre» dans les manuels de SVT au lycée en 2011, les organisations syndicales de l’enseignement seront présentes pour s’opposer à l’intervention de ses collectifs dans le milieu éducatif. Pour mémoire, le SNUipp-FSU, le syndicat des enseignants à l’origine de la brochure Éduquer contre l’homophobie dès l’école primaireest particulièrement engagé sur le terrain de la lutte pour l’égalité des droits. Comme la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), l’organisation est membre du Collectif contre les LGBTphobies à l’école et a à ce titre participé au rapport sur la lutte contre l’homophobie et la transphobie à l’école remis au ministère de l’Éducation nationale en juillet dernier. Quant à la FCPE, qui se qualifie de «fervente défenseuse de l’éducation à la sexualité et de la lutte contre les discriminations», elle rappelait en mai dernier qu’«évoquer la notion de genre à l’école n’est pas le fruit d’une idéologie ou de théories fumeuses et [que] l’une des missions de l’école est bien d’expliquer que le genre est une construction sociale».

Photo Jaypee