Le 23 septembre se tiendra la soirée d’ouverture du Metropolitan Opera de New York, avec la représentation d’Eugène Onéguine, un opéra composée par Piotr Tchaïkovski d’après le roman d’Alexandre Pouchkine. Sur scène, c’est la célèbre soprano russe Anna Netrebko qui jouera Tatiana. Alors que les yeux sont braqués sur la Russie en raison des lois interdisant la «propagande homosexuelle», plusieurs voix se sont élevées pour que le Metropolitan Opera dédie l’ouverture de cette saison aux LGBT en signe de solidarité. La symbolique est d’autant plus forte que Piotr Tchaïkovski était lui-même gay.

UNE SOPRANO PRO-POUTINE
Il y a un an, Anna Nebretko avait officiellement montré son soutien à Vladimir Poutine durant sa campagne électorale, au même titre que le chef d’orchestre de l’opéra, Valery Gergiev. Consciente qu’elle risquait d’être interpellée sur son engagement derrière l’actuel chef d’État de la Russie et sur sa position quant aux droits des personnes LGBT, la chanteuse s’est fendue d’une courte réaction sur sa page Facebook il y a un mois: «En tant qu’artiste, c’est une grande joie pour moi de collaborer avec tous mes merveilleux collègues – de quelque race, ethnicité, genre ou orientation sexuelle que ce soit. Je n’ai jamais discriminé personne et ne le ferai jamais.» Une déclaration suffisamment consensuelle pour ne pas risquer de froisser ni le Kremlin, ni les défenseurs des droits des LGBT. Tout son contraire, une autre star lyrique, l’Américaine Joyce DiDonato a, elle, donnée de la voix pour montrer sa solidarité avec les LGBT russes opprimé.e.s samedi dernier lors de la soirée Last Night of The Proms au Royal Albert Hall de Londres.

DIFFICILE DE CONVAINCRE LE MET
Pour faire pression sur l’institution, le compositeur Andrew Rudin a lancé une pétition. Mais pour le Met, l’idée de dédier la représentation d’Eugène Onéguine n’est visiblement pas à l’ordre du jour: «Le Met est fier de son histoire en tant que base créative pour les chanteurs/euses, chef d’orchestre, directeurs/trices, designers et chorégraphes LGBT. Nous soutenons aussi tou.te.s nos artistes, peu importe s’ils/elles souhaitent ou non s’exprimer publiquement sur leurs opinions politiques. En tant qu’institution, le Met déplore la suppression de l’égalité des droits ici et à l’étranger. Mais puisque notre mission est artistique, il n’est pas approprié pour nos spectacles d’être utilisés à des fins politiques, aussi noble qu’en soit la cause.»

UN RASSEMBLEMENT AUTORISÉ À L’OPÉRA DE SAN FRANCISCO
De l’autre côté des États-Unis, l’Opéra de San Francisco n’a pas dédié sa soirée d’ouverture de saison, Méphistophélès d’Arrigo Boito, aux LGBT russes, comme des militant.e.s l’avait réclamé. Mais le 6 septembre, au soir de la représentation, un rassemblement avait été autorisé devant l’opéra. Malgré son refus de se prononcer sur la question des droits humains, le directeur David Gockley avait donné sa bénédiction: «Au fil des années, nous avons reçu bon nombre de requêtes similaires, certaines pour embrasser officiellement des causes pour lesquelles nous avions à titre personnel une grande empathie. Néanmoins nous avons décidé que la mission de la compagnie était la représentations d’opéras, et non de prendre position sur la conduite politique ou morale de nations souveraines, ni, de façon générale, de donner un avis, publiquement. En tant qu’organisation, nous avons toujours accueilli en notre sein une main d’œuvre d’individus de toutes races, religions, ou orientations sexuelles. Nous soutenons votre droit à organiser un rassemblement, et offrons notre aide pour le faciliter.» Le rassemblement a aussi reçu le soutien de l’une des stars de Méphistophélès, la soprano Patricia Racette, et de son épouse, la mezzo-soprano Beth Clayton.

Photo Andreas Praefcke

Via Luc Lebelge.