«Je ne veux pas que l’on se souvienne de moi pour des choses superficielles. Je veux que l’on se souvienne de moi pour les bonnes choses que j’ai accomplies, comme la façon dont j’ai uni la ville que j’aime», avait indiqué José Julio Sarria, le fondateur de la «Cour impériale de San Francisco».

Travesti et activiste pour les droits des personnes LGBT, il est décédé le 19 août dernier à l’âge de 90 ans. Il a été enterré vendredi 6 septembre au Woodlawn Memorial Park, à quelques kilomètres au sud de la ville. Premier candidat ouvertement gay à une élection aux États-Unis au début des années 1960, José Sarria a été salué comme «une légende incontournable de la communauté LGBT de San Francisco». «C’était une diva, mais une diva qui se souciait des autres», a déclaré l’ancien maire de San Francisco Art Agnos, en marge des obsèques de José Sarria, comme le rapporte le reportage ci-dessous (cliquez sur l’image):

José Sarria reportage

Doué en langues – il a étudié l’anglais, l’espagnol, le français et l’allemand –, il s’est engagé dans l’armée après l’attaque japonaise sur Pearl Harbor en 1941. D’abord affecté au service de renseignements, il en a été écarté pour servir en cuisine. Selon lui, parce que ses supérieurs avaient compris qu’il était homosexuel. Il a quitté l’institution militaire en 1947 pour reprendre ses études et tenter de devenir enseignant. Mais il a été interpellé et arrêté après une opération montée par la police. «Ils avaient besoin de faire un exemple… J’étais au mauvais endroit au mauvais moment», a expliqué José Sarria à son biographe Michael Gorman. Cette arrestation a suffi à lui fermer les portes de l’enseignement puisque son casier judiciaire n’était plus vierge. Suivant les conseils d’une drag queen rencontrée au Black Cat Café de San Francisco, le jeune homme a commencé une vie de drag queen, devenant un interprète hors pair de l’opéra Carmen. Des extraits audio de ses performances peuvent être entendus sur le site Queer Music Heritage.

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur 1963 – José Sarria Performance – GLBT Historical Society

Affiche José Sarria

C’est entre les murs du Black Cat que débute son engagement militant. Confronté à des clients qui menaient au quotidien une double vie, José Sarria les exhortait à ne plus avoir honte et à s’affranchir de leurs peurs. «Il n’y a pas de mal à être homo, le crime, c’est de se faire attraper», se plaisait-il à dire, comme l’a rappelé le sénateur démocrate Mark Leno à ses funérailles. Il prônait également une lutte pacifique contre les raids de police dans les bars fréquentés par les homosexuel.le.s en préconisant de réclamer un procès en bonne et due forme sans plaider coupable en présence d’un jury populaire. Précurseur, il a ainsi devancé les émeutes de Stonewall à New York. Il a cofondé la Ligue pour l’éducation civile – un organisme qui fournissait des programmes sur l’homosexualité et apportait une aide juridique aux hommes arrêtés pour ce motif –, avant de se lancer dans une bataille politique en 1961 pour intégrer le Board of Supervisors de San Francisco, un équivalent du Conseil municipal de la ville.

Avec un peu plus de 5000 voix, José Sarria a perdu l’élection mais sa candidature a marqué un tournant dans le monde politique où les homos étaient d’ordinaire des souffre-douleur dociles. «Après ça, aucun candidat à San Francisco ne s’est présenté sans frapper à la porte de la communauté homosexuelle», a assuré le sénateur Mark Leno comme le rapporte le San Francisco Chronicle. L’année suivante, José Sarria a fondé la première association fédérant les gérant.e.s d’établissements destinés aux homos, la Tavern Guild, qui a créé un fonds de solidarité pour payer les cautions des client.e.s arrêté.e.s lors des raids dans les bars. Mais l’œuvre qui marquera la vie de l’activiste, c’est la création de la Cour impériale de San Francisco dont il fut la première impératrice en 1964. La Cour est devenue un organisme chargé de récolter des fonds avant de les reverser à des associations. «Cela a créé une famille pour des gens qui n’en avaient pas», s’est réjoui le militant à la fin de sa vie. Il a fait don de la majorité de ses documents écrits et costumes à la GLBT Historical Society, cofondée par Gerard Koskovich qui avait évoqué la vie de José Sarria au micro de Yagg en 2010 (à partir de 6’45):

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Rencontre avec Gérard Koskovich

Des responsables politiques et des drag queens (dont le dress code avait été spécifié par José Sarria de son vivant) ont été réuni.e.s lors de ses funérailles à la Grace Cathedral de San Francisco. En tant que vétéran, il a bénéficié des honneurs militaires. Et la ville de San Francisco a également montré son soutien en faisant escorter son cercueil par la police municipale. Celle-là même qui autrefois effectuait des raids dans les bars.

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Jose Julio Sarria, Founder of Imperial Court System

 

Photo de l’affiche publiée avec l’aimable autorisation de la GLBT Historical Society.
Photos de la galerie Gerard Koskovich