Le nouveau gouvernement du chef de l’État sénagalais Macky Sall, dirigé par Aminata Touré, a été dévoilé lundi. Parmi les nouveaux/elles ministres, Sidiki Kaba a obtenu le poste de ministre de la Justice. La nomination de ce défenseur des droits humains a suscité de vives réactions car ce dernier s’était déjà prononcé très clairement en faveur de la dépénalisation de l’homosexualité. Face à la polémique, Sidiki Kaba a affirmé hier qu’il se rangerait finalement du côté du gouvernement sur cette question.

LE PROBLÈME DE L’ARTICLE 319
«Si le Sénégal veut être crédible et en conformité avec les conventions internationales des droits de l’Homme qu’il a lui-même signées et ratifiées, le gouvernement doit changer d’urgence la nouvelle loi qui condamne les homosexuels, avait-il affirmé interviewé par France 24, alors qu’il était président d’honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme. Il faut savoir qu’au Sénégal, l’article 319 du Code pénal ne mentionne pas directement l’homosexualité mais parle plutôt d’ »actes contre nature ». Autrement dit, d’actes entre deux personnes du même sexe et de zoophilie. En réalité, c’est une qualification « fourre-tout » qui permet à la justice de condamner les homosexuels plus facilement.» Cet entretien avait eu lieu suite à la condamnation à huit ans de prison de neuf hommes accusés d’homosexualité début 2009. Trois mois plus tard, les autorités sénégalaises les libéraient.

POUR UN GOUVERNEMENT QUI LUTTE CONTRE L’HOMOPHOBIE
Cette nomination aurait pu signifier que le Sénégal allait se préoccuper davantage du respect et de l’acceptation sociale des minorités sexuelles. Les propos de Sidiki Kaba en 2009 permettaient de l’espérer: «Les Ligues des droits de l’Homme sont plus que jamais interpellées. Elles doivent être le fer de lance de la reconnaissance des droits des homosexuels qui vivent des moments durs. Certaines personnes sont même contraintes de quitter le Sénégal pour échapper à la loi et à la vindicte populaire. Les députés doivent également se saisir de cette question au nom de la liberté sexuelle. Quant à l’État, qui se targue de défendre la démocratie et les droits de l’Homme, il vaudrait mieux qu’il s’engage sur le chemin de la dépénalisation de l’homosexualité.» Cependant, en affirmant rester du côté du gouvernement sur le sujet, Sidiki Kaba laisse entendre que le sort des LGBT ne va pas s’améliorer tout de suite. Fin juin, le président Macky Sall avait en effet déclaré face à Barack Obama que les Sénégalais.e.s ne sont «pas prêt.e.s pour la dépénalisation de l’homosexualité»: «Le Sénégal est un pays tolérant et nous reconnaissons les droits des homosexuels, mais il ne faudrait pas piétiner le droit des autres citoyens». Hier, Sidiki Kaba a déclaré que la position exprimée en 2009 était celle de son organisation, la FIDH, et qu’il garderait donc ses convictions pour lui: «Je suis un ministre de la Justice qui exerce dans le cadre d’un gouvernement et qui exprime ses positions à travers celles du chef de l’État Macky Sall et qui s’impose à l’ensemble de ceux qui servent sous sa direction.»

UN MINISTRE QUI DÉRANGE
L’ONG Jamra a déjà demandé la démission du ministre fraîchement nommé, et c’est bien son opposition à la pénalisation de l’homosexualité qui pose problème à cette organisation islamique. Au printemps dernier, Jamra était allée à la rencontre de la population pour mener sa croisade contre les «déviances sociales» et la «perversion».

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