Après avoir attiré l’attention de la mairie de Bordeaux sur la loi mise en place à Saint-Pétersbourg afin d’interdire la «propagande homosexuelle», le président du groupe socialiste Mathieu Rouveyre a publié aujourd’hui une lettre ouverte destinée à Alain Juppé afin que ce dernier se prononce enfin sur cette loi homophobe appliquée en Russie: «Lors de votre dernier déplacement officiel à Saint-Pétersbourg, vous avez refusé d’évoquer auprès de vos homologues la situation critique à laquelle sont confrontées les personnes lesbiennes, gays, bi et trans’ dans cette ville. J‘avais pourtant attiré votre attention lors de la commission municipale du 4 décembre dernier, la veille de votre déplacement en Russie, sur les témoignages des militants LGBT Russes qui étaient, à l’époque déjà, très alarmants.» À l’époque la loi n’avait pas encore été votée par la Douma pour être appliquée au niveau fédéral, mais était déjà en vigueur dans les provinces de Ryazan, de l’Arkhangelsk, de Kostroma et à Saint-Pétersbourg.

«ALAIN JUPPÉ NE POURRA PAS FAIRE LA SOURDE OREILLE»
Matthieu Rouveyre attend du maire de Bordeaux qu’il émette enfin une protestation contre cette atteinte aux droits humains: «Alain Juppé a un avis sur tout en ce qui concerne les questions internationales, explique-t-il à Yagg. Mais quand il a les moyens d’agir, comme c’est le cas ici, c’est le silence. On m’avait promis des discussions et depuis, il n’y en a eu aucune. J’ai essayé d’amener le sujet tranquillement mais ça n’a rien donné.» La question du jumelage avec Saint-Pétersbourg sera donc évoquée au prochain conseil municipal: «Elle a été inscrite, donc le maire sera contraint d’y répondre. On sait déjà qu’il n’était pas très favorable au mariage pour tous et nous avons des relations compliquées sur les questions LGBT. Mais il a une réputation d’humaniste et a choisi de rester sur le devant de la scène politique. Il ne pourra pas faire la sourde oreille.»

SUSPENDRE PLUTÔT QUE ROMPRE LE JUMELAGE
Au minimum, une protestation, mais Mathieu Rouveyre espère plus. Mettre fin au jumelage avec Saint-Pétersbourg n’apparaît pas comme la meilleure solution: «Il faut miser sur une suspension. Puisque ce jumelage est basé sur des valeurs communes et que Bordeaux ne partage pas les valeurs de la Russie sur les droits des LGBT, nous ne pouvons poursuivre ce jumelage. Le suspendre serait un moyen de mettre les deux villes autour d’une table, d’entamer un échange, sans braquer l’interlocuteur. Par rapport aux Jeux de Sotchi, j’ai été très attentif aux demandes des associations russes qui désapprouvent l’idée d’un boycott. Je ne pense pas que ce soit là encore une bonne solution que de fermer la porte à la discussion. En attendant, Alain Juppé doit sortir de sa réserve, sa voix compte!»

«NE DÉTOURNONS PAS LE REGARD»
«Les autorités de Reykjavik et de Berlin envisagent de faire de même avec Moscou, leur ville jumelle, rappelle Matthieu Rouveyre dans sa lettre ouverte au maire de Bordeaux. Par ailleurs, des femmes et des hommes politiques, journalistes, sportifs ont dernièrement exprimé leur indignation face à ces lois scélérates. Certains ont pris de vrais risques pour le faire. Rejoignons-les! La suspension de ce jumelage est une protestation minimale. Émanant d’un ancien ancien Premier ministre, elle pourrait en entraîner d’autres et inviter le pouvoir politique russe à revenir sur cette détestable législation. Nous avons les moyens d’agir, ne détournons pas le regard.» Le conseil municipal au cours duquel le maire devra se prononcer aura lieu le 23 septembre.

Photo Heidas