Jean-Philippe Bouthors, Yohann Mutte et Flavien Metgy ont comparu hier, mercredi 4 septembre, devant le tribunal correctionnel pour violences en réunion et injures homophobes. Le Vice & Versa, un bar gay de Lille, avait été la cible d’une attaque pendant laquelle le patron, son associé et un serveur de l’établissement ont reçu des coups le 17 avril dernier. Les trois prévenus sont proches des milieux d’extrême droite. La vice-procureure a requis un an de prison dont six mois avec sursis pour chacun d’entre eux en retenant la circonstance aggravante d’homophobie.

DÉNI
L’audience, reportée à de multiples reprises pour des raisons de procédure, a duré près de cinq heures hier. «Les prévenus ont nié la totalité de ce qui leur était reproché», déplore Frank Danvers, président de la LGP Lille qui s’est constituée partie civile avec le SNEG. Selon les prévenus, il n’y a eu ni insultes homophobes, ni coups. La défense a d’ailleurs demandé au tribunal de prononcer la nullité sur le caractère homophobe de l’agression pour ne voir là qu’une bagarre de bar: «Douze mois de prison pour un tabouret lancé dans un bar, c’est un peu lourd, a ainsi avancé Me Maxime Moulin, l’avocat de Flavien Metgy. Vous avez toujours des rixes à la sortie de cafés, de bars, de discothèques, et vous n’avez pas un tel emballement médiatique, vous n’avez pas 12 mois d’emprisonnement requis.»

Six témoins assurent toutefois avoir entendu les agresseurs présumés prononcer les mots: «Sales PD». «La haine, elle transpire dans ce dossier, s’est indignée la vice-procureure Catherine Thomas. Messieurs, vous manquez de courage et d’honnêteté intellectuelle.» Les prévenus ont tenté de minimiser leur engagement dans le milieu des skinheads.

«J’ai appartenu aux Jeunesses nationalistes révolutionnaires mais je n’étais pas impliqué plus que ça, a indiqué Yohann Mutte, cité par Le Monde. Et quand j’allais au local des JNR, c’était surtout pour les amis. Il y a des têtes pensantes dans ce mouvement, mais, moi, je ne suis pas du tout là-dedans.»

Même discours chez Jean-Philippe Bouthors, pour qui être skinhead se résume à «une mode vestimentaire et de la musique spéciale». Le soir de l’agression, il portait une paire de gants coqués. Aux yeux de la défense, les blessures légères des victimes justifierait un traitement indulgent: «Il n’y a eu aucune interruption temporaire de travail», a ainsi souligné l’avocat Jérémy Cateau, rapporte Le Nouvel Obs. Le ministère public a malgré tout insisté pour que l’homophobie soit considérée comme une circonstance aggravante.

QUELLE PEINE?
Pour Frank Danvers, une peine de prison ferme serait exemplaire, mais présenterait quand même plusieurs inconvénients car cela rendrait les agresseurs présumés «plus violents». Une peine assortie d’un sursis ferait peser sur eux «une épée de Damoclès» qui les pousserait à réfléchir, estime le président de la LGP Lille. Il est par ailleurs favorable à une peine alternative comme un stage de citoyenneté ainsi que l’évoque une récente circulaire du ministère de la Justice. «Un stage bien encadré où l’on martèle l’importance du respect des citoyen.ne.s serait plus efficace et constructif qu’une peine de prison», veut-il croire. La justice rendra sa décision le 27 novembre.

Photo France 3