Comme beaucoup de cinéphiles, Peter L. Stein attendait avec impatience le nouveau Woody Allen (dans les salles en France le 25 septembre), d’autant plus que l’intrigue de Blue Jasmine se passe à San Francisco. Après avoir posé sa caméra en Europe (Vicky Cristina Barcelona, Midnight in Paris et dernièrement To Rome With Love), le réalisateur a jeté son dévolu sur cette ville mythique de la côté Ouest des États-Unis, pour raconter l’histoire d’une femme au creux de la vague et criblée de dettes débarquant chez sa sœur, avec qui elle ne partage plus grand-chose.

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Mais pour ce producteur natif de San Francisco, Woody Allen s’est contenté de délocaliser son histoire ailleurs qu’à New York, sans malheureusement changer ses habitudes et adapter son histoire à la ville. Blue Jasmine en parait alors faux, incohérent, manquant cruellement d’authenticité. Même les acteurs/trices censé.e.s interpréter des sanfranciscain.e.s pur jus ont gardé leur accent du Queens. Mais il y a pire pour Peter L. Stein: «Plus dérangeant que les accents, le San Francisco qu’occupent ces personnages n’inclue virtuellement aucun asiatique, aucun latino, et aucun homo – au moins aucun.e qui n’ait de réplique. Ce ne sont que des blancs de la classe populaire (on ne peut plus minoritaires dans le 415 [l’indicatif du comté de San Francisco]), et même pas une version vaguement locale de ce sous-groupe. Dans une scène, les potes de Canavale se retrouvent pour regarder la boxe et manger une pizza; était-ce trop dur de leur demander de lâcher leur accent du New Jersey et de s’enfiler des burritos pendant un match de l’équipe de San Francisco des Forty Niners… ou mieux un match des Raiders de Oakland?»

«Pour être honnête, Allen donne souvent une version hautement romantisée de ses endroits, de son Manhattan gershwinien à son Paris arrosé d’accordéon. Mais dans Blue Jasmine, la disparité entre l’exact représentation du New York haut-de-gamme de Jasmine et l’imitation loupée du marché de San Francisco (un oxymore) me donne la nausée. On dirait que cette étape n’était pas vraiment un lieu de tournage après tout; San Francisco était, dans la douteuse tradition des studios d’Hollywood, juste une banale toile de fond.»

À lire sur le blog de Peter L. Stein.

Photo Mars Distribution