Au début de sa carrière, Alain Delon, qui s’est encore illustré en qualifiant l’homosexualité de «contre nature», était juste beau comme un dieu (jugez plutôt avec cet extrait de Plein soleil). Et il le savait. Il jouait de cette beauté, c’était son arme, c’était sa force. Les années 50 et 60 sont pour lui des années de conquête où grâce à sa beauté, tout lui réussit. Mais le serveur des années 50 serait-il devenu Alain Delon sans sa collaboration avec un des maîtres du cinéma italien: Luchino Visconti? Visconti lui offre deux de ses plus beaux rôles dans Rocco et ses frères et Le Guépard, qui est souvent cité comme un des très grands films de son auteur. Luchino Visconti était homosexuel et il fallait être aveugle, sourd et sans cerveau (ce qui n’était pas le cas d’Alain Delon) pour ne pas le savoir.

Je lis dans les nombreux commentaires de l’article que Yagg a consacré à l’émission C à vous qu’on ne devrait pas porter trop d’attention aux propos d’Alain Delon car ce sont ceux d’un «vieux», d’un «grand-père», d’une «antiquité». Mais l’homophobie n’est pas l’apanage des vieux, on l’a vu cette année! Et nous pourrions citer nombre de ces personnes âgées magnifiques dont les idées restent progressistes, humanistes, respectueuses.

VOCIFÉRATIONS D’UN AUTRE ÂGE
Alain Delon devrait présenter des excuses pour les propos qu’il a tenus sur le plateau de C à vous. On ne peut plus accepter ces vociférations d’un autre âge. Alain Delon, plutôt que de s’accrocher à son éternelle image de séducteur hétérosexuel macho, militariste, viriliste et – cela va avec – misogyne, pourrait, en mémoire des hommes qui l’ont aimé au point de lui offrir ses plus beaux rôles, reconnaître ce qu’il «doit aux homosexuels», comme l’avait si bien dit Robert Badinter à la tribune de l’Assemblée nationale en 1981 quand la France avait dépénalisé l’homosexualité. Ça ça aurait de la gueule, ça ça le rendrait beau. Car de sa prestation sur le plateau, on retient en effet un naufrage. Naufrage physique, bassesse des idées. On aurait tant aimé lui souhaiter un meilleur destin mais il s’est coulé tout seul.

Photo Alain Delon dans Plein soleil de René Clément (1960).