France, Gay Pride | 31.07.2013 - 18 h 57 | 0 COMMENTAIRES
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EuroPride: Des soupçons de favoritisme viennent ajouter au fardeau des militant.e.s

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Selon Rue89, un élu UMP aurait bénéficié d'une partie de la subvention accordée par la mairie de Marseille à l'EuroPride. Ces révélations montrent une nouvelle fois les failles dans l'organisation chaotique de cet événement.

[mise à jour, 1er août, 11h13] Ajout des propos de Mourad Guichard.

L'EuroPride n'est terminée que depuis une dizaine de jours et déjà quelques révélations font surface pour tenter d'expliquer le cuisant échec de cette manifestation LGBT de grande envergure. Rue89 a publié lundi un article indiquant des liens entre les subventions de la mairie de Jean-Claude Gaudin et un élu UMP de Beauvais, Sébastien Chenu, cofondateur de GayLib et récent soutien de la candidature à la Mairie de Paris de Nathalie Kosciusko-Morizet, qui, en matière d'égalité des droits, s'était illustrée par son «abstention militante» sur la question du mariage et de l'adoption – il briguerait d'ailleurs la mairie du IIe arrondissement, où il s'est fait très présent au cours des dernières semaines. Si ce dernier s'estime diffamé, certains membres d'associations LGBT marseillaises y voient aussi une preuve du manque de transparence et d'éthique dans la gestion de la Lesbian & Gay Pride de Marseille. Yagg a recueilli les réactions pour mesurer l'onde de choc provoquée par cette nouvelle.

COLLUSION AVEC LA MAIRIE?
Contacté par Yagg, le principal intéressé n'a pas caché son énervement et indique qu'il a demandé un droit de réponse à la rédaction de Rue89, publié aujourd'hui: «Cet article est une accumulation de contre-vérités, de supputations et d'amalgames douteux, affirme Sébastien Chenu. Il ne repose sur rien de concret. Tout ça parce que je suis un élu UMP, alors que j'ai milité toute ma vie pour l'égalité des droits!» Pour cet ancien de GayLib, il n'existe aucun lien entre la subvention de 100000 euros accordée par la mairie de Marseille et l'activité qu'il a menée avec son entreprise pour l'EuroPride. «C'est moi qui ai démarché les organisateurs/trices de l'EuroPride. J'ai envoyé un mail à la mairie qui m'a transmis les coordonnées de Gilles Dumoulin [l'ancien président de la Lesbian & Gay Pride]. Ça a été mon seul contact avec la mairie de Marseille. Après leur avoir fait une offre plutôt ambitieuse, je n'ai plus eu de nouvelles, puis c'est Suzanne Ketchian qui est revenue vers moi. J'ai donc fait une autre proposition qui leur convenait davantage.»

Sébastien Chenu, ou plutôt son agence de communication SC Conseils, créée à l'automne 2012, signe donc un contrat avec les organisateurs/trices. En plus de donner de la visibilité à l'événement, c'est aussi lui, dit-il, qui a décroché le parrainage de Laurent Kérusoré, l'acteur de Plus Belle La Vie. «J'avais un contrat de cinq mois, payé 3500 euros de mars à juillet, détaille Sébastien Chenu. À l'heure qu'il est, je n'ai reçu qu'un seul mois de ce que l'association me doit.» Le contenu de l'article est dur à avaler: «Ça n'a aucun lien avec le boulot que j'ai accompli. Je suis victime dans cette histoire, insiste-t-il. J'ai créé SC Conseils il y a un an, j'ai travaillé dur, je n'ai pas attendu l'EuroPride pour décrocher d'autres contrats!»

«Sébastien Chenu, je n'ai jamais rencontré cette personne, affirme Olivier Gineste, directeur du service communication de la mairie de Marseille, chargé de la gestion des grands événements. Et je ne vois pas bien quelle collusion on peut faire entre ce prestataire et la mairie.» Il indique que, depuis longtemps, la ville a soutenu contre vents et marées l'EuroPride: «On a dû faire face à une opposition très forte de la part du Front national lors des délibérations sur la subvention au conseil municipal. La mairie a aussi pris la défense de la LGP face à la préfecture. À toutes les demandes que nous avons eues, nous avons répondu “Oui”. Pour nous, cette EuroPride est une occasion ratée.» Et peut-être aussi une perte d'argent: «Aujourd'hui, nous allons devoir vérifier que l'argent qui a été versé a bien servi à l'organisation des événements. Il ne s'agit pas de chercher à récupérer la subvention, mais c'est la loi, nous devons savoir où il est passé, car c'est de l'argent public.»

LES SUBVENTIONS: UN PROBLÈME MARSEILLAIS?
À Marseille, l'article de Rue89 n'a pas échappé aux associations: «Ce n'est ni étonnant, ni un problème que la LGP ait fait appel à une boîte de communication, constate Romain Donda. Mais si de l'argent des subventions a été utilisé pour autre chose que l'organisation de l'événement, alors c'est effectivement un problème.» Si ce membre de SOS homophobie PACA ne souhaite pas polémiquer sur les révélations de l'article de Rue89, le militant s'interroge tout de même sur les causes et les conséquences de ce genre d'affaires: «À force, on va finir par ne plus avoir de subventions du tout, plaisante-t-il. Il faudrait ajouter un regard citoyen dans l'attribution et l'utilisation des subventions.» Romain Donda rappelle que déjà «l'affaire Guetta» avait créé la polémique quelques mois auparavant. Le DJ français s'était vu attribué par la mairie une subvention de 400000 euros pour un concert gratuit au parc Borély le 23 juin, une subvention jugée abusive et qui avait déclenché une certaine colère, même en dehors de Marseille. Le concert avait finalement été déplacé et l'argent remis en débat au conseil municipal. Les subventions, un problème fréquent à la mairie de Marseille? Romain Donda n'est pas loin de le penser…

«J'ai été assez stupéfait, avoue Philippe Murcia, du collectif Idem Marseille. D'après Suzanne Ketchian et Stéphane Corbin, ces 100000 euros de la mairie servaient à la Friche de la Belle de Mai et à financer les conférences.» Conférences qui, pour une partie d'entre elles, ont été annulées au fur et à mesure, la faute à une organisation plus que bancale. En outre, Philippe Murcia critique un réel manque de transparence dans la gestion et la communication de l'EuroPride: «Cela a été fait en club fermé. La LGP nous a dit qu'elle gérait tout ça, déplore-t-il. On nous a tenu à l'écart puisqu'Idem ne fait pas partie du conseil d'administration. La LGP n'a pas respecté son contrat moral, et n'a pris aucune initiative pour dresser un bilan avec nous et les autres associations depuis que l'EuroPride est terminée.»

«S'IL Y A EU MALHONNÊTETÉ, QU'ILS LE PROUVENT!»
Contacté par Yagg, Stéphane Corbin donne des détails sur la subvention accordée pour l'utilisation de la Friche de la Belle de Mai: «Il s'agissait d'une convention entre la ville de Marseille et la LGP pour la location du lieu qui hébergeait les expositions, les conférences, explique-t-il. La subvention a permis d'en payer une partie.» Le Conseil régional et le Conseil général ont eux aussi accordé des subventions aux organisateurs/trices de l'EuroPride, mais Stéphane Corbin reste prudent: «J'attends de voir les votes à ce sujet de la part de la gauche, affirme-t-il. Je constate en tout cas que la mairie nous a, elle, vraiment soutenu.e.s.» Quant au contrat avec SC Conseils dont parle l'article de Rue89, le coordinateur de la marche se défend d'en avoir jamais eu connaissance, mais a un avis bien tranché quant aux accusations portées contre Sébastien Chenu: «L'article sous-entend qu'il y aurait eu emploi fictif, mais n'apporte aucune preuve! Je ne vois pas l'intérêt de sortir ça, à part pour montrer que l'organisation de l'EuroPride était bidonnée. Si les journalistes ont des preuves qu'il y a eu malhonnêteté, qu'ils le prouvent, je les y encourage, même!»

Auteur de l'article de Rue89, Mourad Guichard a souhaité réagir aux propos de certaines personnes interviewées par Yagg: «Mon boulot n'a pas consisté à porter des accusations, mais certains éléments poussent malgré tout à se poser des questions: le fait qu'une boîte de communication se crée pile au moment où la mairie préconise que la LGP y fasse appel, la proximité entre Jean-Claude Gaudin et Sébastien Chenu, et enfin le fait que je possède le devis en question, ainsi que les échanges de mails dans lesquels la mairie répond qu'elle a transmis les coordonnées de la LGP à Sébastien Chenu.» Mourad Guichard s'est intéressé au dossier EuroPride bien avant le début de l'événement et la médiatisation de son échec: «C'est au cours d'une conversation avec des cadres associatifs que j'ai entendu parler de ces histoires de subventions. De là j'ai cherché à en savoir plus.»

Pour les personnes investies dans l'organisation de l'EuroPride, mais aussi pour celles et ceux qui y ont participé, nul doute que d'autres éléments surgiront dans les semaines à venir pour expliquer le fiasco de cette édition marseillaise. En attendant, ces révélations, loin d'apaiser les consciences, remuent le couteau dans la plaie.

Photo Vincent

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À la demande de la société SC Conseils, nous publions un droit de réponse, rédigé dans les mêmes termes exactement que celui qui a été demandé à Rue89. Nous réfutons néanmoins les accusations qu'il contient, l'«enquête basique» réclamée a été menée, les propos rapportés sont exacts et notre objectif est d'informer et non de «créer confusion et amalgames douteux». Les faits rapportés sont d'ailleurs les mêmes que ceux indiqués dans le droit de réponse, à l'exception du nombre de mois payés à SC Conseils: le droit de réponse en mentionne deux, alors que M. Chenu a indiqué à Yagg par téléphone que le chiffre de deux, donné par Rue89, était une erreur.

Droit de réponse de la société SC Conseils:
- L'article du 31 juillet, paru sur votre site, mettant en cause la société SC Conseils ne vise qu'à créer confusion et amalgames douteux et ne répond à aucune réalité, tant sur les informations que sur les conclusions qui en sont tirées de façon très partiale. Je m'étonne d'ailleurs de voir un média publier des informations que les simples faits de la réalité contredisent. Une enquête basique aurait suffit à démentir l'intégralité de ce papier.
- Comme tout prestataire et professionnelle du conseil et de la communication la société SC Conseils a proposé ses services à la LGP, organisatrice de l'Europride 2013 en amont. SC Conseils n'étant en rien organisateur de cet événement.
- Après plusieurs mois de discussions, et de multiples interlocuteurs côté Europride la société SC Conseils a signé un contrat d'assistance avec les organisateurs. Ce contrat fut signé pour 5 mois, rémunéré 3500 euros HT mensuels. A ce jour seuls 2 mois ont ete honorés par un paiement de la LGP.
- La société SC Conseils s'est acquitté de l'ensemble des obligations du dit contrat. L'ensemble de cette opération a été réalisée dans un strict respect du cadre légal et réglementaire.
- Tout autre sous entendu, amalgame ou procès d'intention véhiculé par quiconque et de quelque façon que ce soit m'amènerait à saisir immédiatement la justice.

Pour SC Conseils
S.Chenu, Président

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Journaliste de Yagg.
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