Deux ans déjà que l’Équateur a lancé une grande campagne pour éradiquer les cliniques anti-LGBT disséminées dans tout le pays, mais les résultats se font attendre. Mi-juillet, un énième scandale a éclaté quand Zulema Constante a réussi à s’enfuir d’une clinique où sa famille l’avait fait interner de force. Cette lesbienne de 22 ans a été enlevée après être partie habiter chez sa compagne. Avant de parvenir à s’échapper et à porter plainte, elle a subi, pendant deux mois, mauvais traitements et pressions psychologique. Conditions d’hygiène déplorables, sermons religieux lui expliquant que son orientation était une maladie ont été son quotidien.

La clinique a été fermée, mais le cas est loin d’être isolé. Il existe dans le pays environ 200 centres de ce type, dont 120 seulement ayant une existence légale. Ils se présentent sous l’apparence de centres de désintoxication, ce qui leur permet de s’abriter derrière la loi autorisant l’internement de force de toxicomanes, avec l’aval d’un juge. Il s’agit en réalité de torturer des personnes LGBT, et plus particulièrement les lesbiennes, pour tenter de les faire devenir hétérosexuel.le.s.

TORTURES ET VIOLS
La ministre de la Santé Carina Vance (photo), ouvertement lesbienne, a fait de la lutte contre ces pratiques un axe majeur de sa politique. Depuis sa nomination en janvier 2012, un plan national de 2,5 millions de dollars (environ 1,8 millions d’euros) a été mis en place, qui prévoit notamment la construction de 950 nouvelles cliniques sur tout le pays, équipées pour accueillir les personnes souffrant de troubles mentaux ou de problèmes de drogue. Mais pour le moment, alors que les 100 premiers établissements sont en cours de construction, le problème demeure d’une actualité criante. En sus des problèmes d’hygiène et de la pression psychologique, les interné.e.s subissent souvent des violences physiques. Notamment les lesbiennes. La ministre de la Santé a dénoncé au moins deux viols d’homosexuelles par des hommes, sous prétexte de «thérapie sexuell ». En 2012, deux jeunes filles sont mortes des mauvais traitements qui leur ont été infligés, dans deux centres différents.

UN PROBLÈME BIEN IMPLANTÉ
Peu de victimes portent plainte et les rares plaintes déposées aboutissent rarement. En partie parce que ce sont souvent leurs familles, comme dans le cas de Zulema, qui font interner de force les personnes LGBT. Même quand des mesures sont prises, la situation reste difficile à maitriser. Une trentaine de cliniques ont été fermées en 2011, 18 en 2012 dont 15 en raison de violations des droits humains, sans que leur nombre total ne diminue pour autant. Pour la fondation Causana, association qui milite depuis plus de dix ans contre les pratiques des centres anti-LGBT, l’une des raisons de la persistance du problème est son implantation à de nombreux niveaux de la société équatorienne. La clinique de la ville de Tema, dans la région amazonienne où Zulema Constante a été enfermée, était ainsi la propriété d’une fonctionnaire du ministère de la Santé, dont le rôle était justement de contrôler les centres de réhabilitation pour toxicomanes.

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