Le passage de la loi interdisant toute «promotion des relations sexuelles non traditionnelles» auprès des mineur.e.s a été fortement médiatisé à travers le monde, tandis que les LGBT russes subissent jour après jour une homophobie de plus en plus violente. Alors que la Russie accueillera en février 2014 les Jeux olympiques d’hiver à Sotchi, plusieurs voix se sont élevées pour appeler au boycott, tandis que d’autres ont émis des doutes sur l’efficacité d’une telle méthode pour protester contre les dérives des autorités en matière de droits humains.

UNE FAUSSE BONNE IDÉE?
Un boycott mondial de la vodka serait-il une bonne idée? C’est en tout cas ce que préconisent des militant.e.s américain.e.s, comme Cleve Jones et Dan Savage, afin de montrer leur solidarité et leur soutien aux LGBT russes. Une vingtaine de militant.e.s russes, dont la journaliste Masha Gessen, ont aussi signé un appel commun au boycott des produits russes: «Le soutien international est essentiel pour la survie de la communauté LGBT en Russie actuellement. Nous apprécions et soutenons toute participation pour faire savoir aux autorités que leurs lois homophobes et inhumaines ne passent pas inaperçues et que le régime de Vladimir Poutine ne s’en ira pas en même temps que la violence anti-gay. Nous sommes en faveur d’un boycott des biens et entreprises russes et des Jeux olympiques de Sotchi 2014. Nous apprécions aussi l’attention des médias internationaux; nous en avons besoin. Nous soutiendrions toute initiative législative visant à tenir responsable les autorités russes pour leur campagne homophobe. Merci d’être avec nous en ces temps difficiles.»

Si la vodka Stolichnaya a été particulièrement visée par les appels au boycott, il se trouve que l’entreprise, installée en Russie et en Lettonie, soutient la communauté LGBT, notamment grâce à des partenariats lors de gay prides. Le dirigeant de Stolichnaya a tenté de mettre les choses au clair dans une lettre destinée à la communauté LGBT, afin que son image ne soit pas compromise.

D’autres personnalités, en revanche, ont fait savoir que le boycott ne leur paraissait pas la solution la plus plus adéquate.

INNOVER POUR SE FAIRE ENTENDRE
Pour le militant russe Nikolai Alekseev, le boycott de Stolichnaya ou de toute autre marque ne présente même aucun intérêt, puisque cela n’impactera pas le gouvernement. «Que les gouvernements fassent pression sur les parlementaires qui ont fait ces lois en les mettant sur les listes noires pour les visas d’entrée, suggère-t-il. Ils en souffriront et les autres y réfléchiront à deux fois. Rien d’autre ne pourra fonctionner!» Une position qui lui vaut déjà une plainte à son encontre. Deux députées Elena Mizulina et Olga Batalina ont en effet décidé de le poursuivre en justice, après qu’il a tweeté des messages qu’elles jugent offensants en raison de leur participation à l’écriture de la loi contre la «propagande homosexuelle». Pour Nikolai Alekseev, il s’agit de trouver des moyens innovants pour se faire entendre, comme par exemple blacklister les membres du gouvernement pour les empêcher de se rendre à l’étranger. Tout récemment, le président de GayRussia a aussi lancé l’idée d’organiser une gay pride à Sotchi au tout début des Jeux, et ainsi profiter de ce moment où tous les pays du monde auront les yeux rivés sur la Russie pour dénoncer les lois homophobes. L’événement pourrait avoir lieu juste avant l’ouverture, le 7 février, afin de bénéficier de la présence des médias internationaux.

LE CIO CHERCHE L’APAISEMENT
Le Comité international olympique (CIO) s’est récemment exprimé pour rassurer la communauté internationale et les associations de défense des droits humains, notamment en raison des lois anti-gay russes: «Nous avons la garantie de la part de la plus haute instance du gouvernement russe que la législation n’affectera pas ceux qui assisteront ou participeront aux Jeux». Une déclaration qui se veut rassurante, mais qui est, pour Nikolai Alekseev, inacceptable et révoltante: «C’est de l’apartheid et cela devrait être fermement condamné par toute la communauté internationale. Je suis sûr qu’Adolf Hitler a aussi assuré au CIO que les Juifs et les Noirs ne seraient pas punis ou persécutés pendant les Jeux olympiques de Berlin en 1936. On sait ce que ça a donné. Nous ne sommes pas des citoyens de seconde classe.»

D’autres personnalités, notamment sportives, se sont elles aussi exprimées quant à l’éventualité de boycotter les Jeux olympiques d’hiver en 2014, dont le patineur Johnny Weir ou le patineur de vitesse Blake Skjellerup (lire la chronique Terrains de Jeux de vendredi dernier). Une pétition en ligne a été ouverte pour inciter les marques – essentiellement américaines – qui sponsorisent les Jeux à retirer leur soutien.

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