Le Parlement italien va débattre aujourd’hui d’une mesure contre les discriminations envers les LGBT. Il s’agit de modifier une loi-phare de la législation italienne en matière de lutte contre les discriminations, la loi Mancino. Cette loi adoptée en 1993 condamne les actes de discriminations, les violences et les incitations à la haine fondées sur la religion, de l’origine ou de la couleur de peau. Aujourd’hui, elle pourrait donc être modifiée afin que l’homophobie et la transphobie y soient incluses et traitées. Ce n’est pas la première fois qu’un amendement visant à étendre la loi Mancino est présenté, mais jusqu’ici, il a toujours été rejeté.

UNE LOI PIÈGE?
Il semble cependant que ce texte, qui résulte d’un compromis, ne fasse pas l’unanimité, même au sein de la communauté LGBT italienne. Pour certain.e.s, comme le journaliste Tommaso Cerno, son adoption serait même ce qui pourrait arriver de pire. Dans un de ses articles publié sur le site de L’Espresso, il parle de cette loi comme d’un piège. Pour lui, si la protection des LGBT est incontestablement une avancée, ses effets pourraient aussi révéler de mauvaises surprises, notamment parce que la loi Mancino n’inclut pas l’homophobie et la transphobie comme des circonstances aggravantes. Un problème que soulève aussi Human Rights Watch. L’organisation de défense des droits humains a noté des défauts comme «la formulation restrictive de la loi, qui parle de “fins” de haine plutôt que de “motivation”, ainsi que le défaut de reconnaître explicitement la possibilité de motifs mixtes».

«Des sanctions renforcées pour les crimes haineux sont importantes pour faire passer clairement le message que de tels crimes sont absolument inacceptables, a insisté Judith Sunderland, chercheuse senior pour l’Europe occidentale à Human Rights Watch. Les crimes qui prennent des personnes pour cible à cause de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre sont tout aussi haineux que ceux qui prennent des personnes pour cible à cause de la couleur de leur peau, et la législation italienne devrait traduire cela.»

PARTIS OPPOSANTS
Du côté des parlementaires, le Parti de la Liberté (PDL), parti de l’ancien dirigeant Silvio Berlusconi, s’oppose sans surprise à cette mesure, arguant que celle-ci met en danger la liberté d’expression. Le Mouvement populiste 5 Étoiles de Beppe Grillo fait aussi de l’obstruction sur cette question. Alors que son charismatique leader s’était dit favorable à l’ouverture du mariage, il semble que la question des discriminations soit considérée comme un dossier à mettre au second plan.

«MANIF POUR TOUS»… À ROME
En réaction à cette avancée, la «Manif pour tous» s’est même exportée près du palais Montecitorio à Rome. Plusieurs dizaines de personnes se sont bâillonnées afin de protester contre cette loi qu’elles jugent liberticide. «Personne ne touche à la liberté d’opinion, conteste le président de l’association Arcigay Flavio Romani. Inciter à la violence est beaucoup plus que l’expression d’une opinion.» Aujourd’hui encore opposant.e.s et partisan.e.s de la loi se sont retrouvé.e.s face à face près du Parlement.

Photo Manfred Heyde