Un an après le scandale des «examens de la honte», c’est au tour des «thérapies réparatrices» d’être remises en question au Liban, où l’article 534 du code pénal punit toujours les «relations sexuelles contre-nature» d’un an de prison. Dans un communiqué publié le 11 juillet, la Société libanaise de psychiatrie (SLP ou LPS) affirme que l’homosexualité n’étant pas une maladie, elle «ne nécessite aucun traitement. Il n’y a d’ailleurs pas de preuve scientifique en faveur de l’efficacité de la “thérapie réparatrice” comme traitement pour modifier l’orientation sexuelle d’un individu.»

«Changer l’orientation sexuelle n’est pas un objectif approprié pour un traitement psychiatrique. Certains peuvent chercher à devenir hétérosexuels en raison des difficultés auxquelles ils font face en tant que membres d’un groupe stigmatisé. L’expérience clinique montre que ceux qui ont intégré leur orientation sexuelle de manière positive dans leur autofonctionnement ont un meilleur niveau de santé psychologique que ceux qui ne l’ont pas intégrée.»

Ce sont «certaines positions adoptées par les professionnels vis-à-vis des personnes homosexuelles et de la façon de les traiter psychologiquement» et les «cas d’arrestations ou d’abus à l’encontre de personnes homosexuelles au Liban» qui ont poussé la Société libanaise de psychiatrie à s’exprimer ainsi. Dans un rapport publié le 26 juin à l’occasion de la Journée internationale des Nations Unies pour le soutien aux victimes de la torture, l’ONG Human Rights Watch s’inquiétait de ce que «que les personnes vulnérables placées en garde à vue, telles que les consommateurs de drogue, les travailleurs sexuels et les personnes lesbiennes, homosexuelles, bisexuelles et transsexuelles (LGBT), sont menacées, maltraitées et torturées par les forces de la sécurité nationale libanaises».

«On croyait autrefois que l’homosexualité résultait d’une dynamique familiale problématique ou d’un développement psychologique déficient, souligne le communiqué. On sait à présent que ces suppositions reposaient sur des informations erronées et des préjugés. La recherche des causes biologiques de l’homosexualité fait actuellement l’objet d’un regain d’intérêt. Il n’existe toutefois pas d’étude scientifique reprise qui viendrait étayer une cause biologique spécifique à l’homosexualité. De même, aucune cause psychosociale ou de dynamique familiale, y compris les histoires d’abus sexuel à l’encontre des enfants, n’a été identifiée. L’homosexualité en soi n’implique aucune altération du jugement, de la stabilité ou des capacités sociales générales ou professionnelles.»

Cette déclaration, que Thomas Abgrall, le correspondant de Libération au Liban, qualifie de «petite révolution», intervient après que plusieurs talk-shows libanais ont présenté «ces derniers mois l’attirance pour une personne de même sexe comme une “maladie”», indique le journaliste. De son côté, Ahmad Ayache, ancien membre exécutif de la Société libanaise de psychiatrie cité par Libération, la juge «dangereuse, dans une société orientale et religieuse, où l’on ne peut pas calquer des concepts étrangers. Les psychiatres qui disent à leurs patients qu’être homosexuel est normal les jettent contre la société, leurs parents.»

«Nous en appelons aux professionnels de la santé mentale pour qu’ils s’en tiennent uniquement à la science quand ils expriment une opinion ou lorsqu’ils administrent un traitement», insiste la Société libanaise de psychiatrie. Quelques jours plus tard, le 18 juillet, c’est l’Association libanaise de psychologie (ALP) qui s’est prononcée dans le même sens: «l’homosexualité n’est pas une maladie mentale et donc ne nécessite pas de traitement».

Déjà en juin, l’Association médicale libanaise pour la santé sexuelle (LebMASH), qui s’était clairement positionnée le 17 mai, répondait à une interview du psychologie et sexologue Nabil Khoury, diffusée par la chaine OTV, dans laquelle il affirmait que l’homosexualité est liée à un désordre hormonal et que le facteur déclenchant «le plus important qui peut aboutir à l’homosexualité est l’abus sexuel». Il affirmait également que l’homosexualité féminine peut être le résultat d’un manque de succès auprès des hommes.

«Presque tout ce que Dr Khoury a mentionné est erroné et trompeur, a répliqué LebMASH. Il n’y a aucune preuve qui lie l’abus sexuel ou le fait de gâter son enfant avec l’orientation sexuelle de cet enfant. Sa tentative d’expliquer l’homosexualité féminine n’est basée sur aucune recherche ni connaissance scientifique. (…) De nos jours, et dans notre domaine médical, le consensus mondial considère l’homosexualité comme une variation normale et naturelle de la sexualité humaine, sans aucun effet intrinsèque nuisible sur la santé de l’individu. Il est surprenant et décevant de voir le Dr Khoury ignorer complètement ces connaissances courantes communes et plutôt propager des stéréotypes dépassés et des informations prouvées fausses il y a longtemps.»

«Les individus homosexuels au Liban souffrent de l’intimidation, de l’abus verbal et physique, et de la discrimination de la part de leurs familles, écoles, communautés, et de la société en large. Autour du monde, la discrimination et les pré-jugements ont été classés comme facteurs marginalisant les homosexuels et conduisant à un retard de leur demande des soins de santé. Notre devoir en tant que fournisseurs de santé est de nous débarrasser de ces pré-jugements qui pourront nuire à la santé de nos patients.»