La mort tragique de notre frère et ami, Eric, nous a tous bouleversé.e.s, nous les membres de la communauté LGBT camerounaise, que nous soyons activistes ou non. Les circonstances de sa mort nous glacent le sang. Que s’est-il passé? Qui a commis ce crime ignoble et pourquoi? Nous ne le savons pas, pas encore. Je presse les autorités de mener une enquête digne de ce nom, qui conduira à l’arrestation et à la condamnation de son ou de ses meurtriers.

Mais une chose me désole, profondément, c’est de voir certains de mes compatriotes déjà utiliser sa mort tragique à des fins politiques alors que les devoirs d’enquête ne sont pas encore remplis, que la communauté internationale est alertée sur ce qui ne sont à l’heure actuelle que des suppositions et des interprétations de faits. Certains crient déjà à «la chasse aux sorcières» et vont solliciter protection auprès des ambassades étrangères arguant que leur sécurité est menacée.

Vous devriez avoir honte, mes amis. Vous vous êtes engagés, comme moi, dans la défense des droits humains en général et LGBT en particulier, en toute connaissance de cause des risques que cela comporte. Mais je vous rappelle que nous travaillons à la défense des droits humains de tous les LGBT de ce pays, qu’ils soient travailleurs du sexe ou non; et pas seulement aux vôtres.

S’il s’avère que notre défunt ami a été effectivement victime d’un meurtre homophobe, c’est chaque MSM, chaque TS, chaque lesbienne, chaque transgenre de ce pays qui est potentiellement menacé.e, c’est à ce moment qu’ils et elles auront besoin de vous, pour défendre leurs droits, pour continuer à œuvrer à la dépénalisation de l’homosexualité.

Vous vous employez à occulter par vos discours essentiellement négatifs les avancées de ce pays en la matière, mais vous ne pouvez les nier dans votre for intérieur, elles sont là, elles existent, vous le savez, c’est pour cela que nous travaillons. Mais pourquoi les uns contre les autres?

Nos stratégies s’opposent alors qu’elles devraient être complémentaires.

Vous risquez de mettre en péril ce qui a été obtenu et qui se met en place, petit à petit. Avez-vous la conscience de cela? Vos discours sont contre-productifs.

Alors mes amis, pensons au bien commun, travaillons ensemble, attendons les résultats de l’enquête avant de nous prononcer, pour construire ensemble un Cameroun où demain, chacun et chacune d’entre-nous, quelle que soit son orientation sexuelle ou son identité de genre, y trouve sa place et y vive en sécurité.

Adonis Tchoudja, Président d’Aids acodev, directeur d’Empower Center

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