Les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH) vont-ils enfin pouvoir faire don de leur sang? C’est en tout cas l’une des trente propositions du rapport sur la réforme de la filière du sang remis hier au ministère de la Santé. Son rapporteur, Olivier Véran, député PS de l’Isère y préconise «d’actualiser les critères de sélection des donneurs, notamment en faisant évoluer le questionnaire, pour plus de sécurité, de l’orientation sexuelle vers le niveau de risque individuel du donneur». Une revendication ancienne des associations LGBT, et un avis partagé tant par la Halde que plus récemment par le Défenseur des Droits depuis plusieurs années.

PENSER PRATIQUES À RISQUES
Il s’agit de ne plus réfléchir en terme de populations à risques mais de pratiques à risques. Dans les faits, cela signifierait qu’un HSH ne serait pas interdit à vie de donner son sang, comme c’est le cas actuellement. À l’instar de ce qui se passe pour les hétérosexuel.le.s, ce seraient ses pratiques qui seraient analysées lors du questionnaire préalable. Le rapport précise à ce propos qu’aujourd’hui, «dans le cas d’un donneur hétérosexuel, le questionnaire s’attache à identifier les comportements à risque. Dans le cas d’un homosexuel masculin, le questionnaire est suspendu immédiatement. Un homosexuel en couple, stable dans sa relation, et n’ayant pas eu de relation à risque dans un délai susceptible d’être couvert par un dépistage virologique, peut percevoir son éviction comme discriminatoire». Un changement des règles mettrait donc fin à cette différenciation et favoriserait l’harmonisation des pratiques lors des collectes de sang. Olivier Véran a en effet découvert lors des auditions menées dans le cadre de sa mission que «les critères actuels faisaient l’objet d’interprétations variables selon les équipes et les centres de prélèvement: le délai depuis le dernier rapport, le nombre de rapports, le nombre de partenaires, la nature des rapports, le port de préservatif, peuvent influencer les réponses du donneur au questionnaire, mais aussi donner lieu à une interprétation plus ou moins stricte côté médical».

LE MONDE ASSOCIATIF MÉFIANT
L’association des Élus Locaux Contre le Sida (ELCS) a réagi ce matin à la nouvelle. Ce regroupement d’élu.e.s se veut enthousiaste mais circonspect. Dans un communiqué, Jean-Luc Romero, son président, se dit «très satisfait» mais le collectif se demande «combien de rapports nationaux ou européens il faudra encore pour, enfin, écouter la voix de la raison». Façon de souligner que d’un rapport à l’application effective d’un changement, il reste un grand pas à franchir. En décembre 2012, la ministre de la Santé Marisol Touraine s’était déclarée opposée à la levée de l’interdiction, alors même qu’elle y était favorable six mois plus tôt. Elle n’a pour le moment pas réagi à la recommandation du document. Olivier Véran semble attaché à une modification de la situation actuelle, comme le souligne un tweet publié après le rendu de son travail:

UN PILOTE POUR LA FILIÈRE DU SANG
Le député de l’Isère n’a pas consacré ses recherches uniquement à cette question. Il propose également la mise en place d’un Haut Conseil de la filière sang (HCFS), assemblée générale permettant à tous les acteurs du secteur, y compris les patients et les donneurs, de débattre de l’impulsion politique à donner à la filière sang. Le but avoué est de rendre l’ensemble plus fluide, de réduire les déficits des quatre organismes dont l’Établissement français du sang qui gèrent actuellement le don du sang et d’apporter une «vision d’ensemble» alors que «tous les acteurs de la filière du sang sont aujourd’hui unanimes pour la mise en place d’un meilleur pilotage».

Photo Olivier Véran via Wikipedia.