Président du groupe de gauche à la mairie de Pamiers, ancien député européen et chargé des questions sur l’égalité des droits des personnes LGBT pendant la campagne présidentielle de François Hollande, Michel Teychenné avait été mandaté  en octobre dernier par le ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon pour la rédaction d’un rapport sur la lutte contre l’homophobie à l’école. Il a remis ses conclusions ce jeudi 11 juillet au ministre en présence de représentant.e.s du collectif Éducation contre les LGBTphobies en milieu scolaire, constitué d’organisations syndicales enseignantes, étudiantes et de parents d’élèves. Le terme de «LGBTphobies» a été privilégié pour aborder d’un même mouvement la transphobie comme l’homophobie, la lesbophobie et la biphobie.

Prévu pour être rendu au début de l’année, ce rapport a en partie pâti du débat sur l’ouverture du mariage: «Le climat n’était pas franchement serein pendant le premier semestre 2013, a expliqué Michel Teychenné à Yagg. Une remise en plein débat sur le mariage n’aurait pas fait avancer les choses.» L’enquête menée par l’élu dans les rectorats ayant pris plus de temps que ce qui était envisagé, la publication a été retardée. Des mesures, comme un spot vidéo contre l’homophobie et un kit contre le harcèlement, devraient toutefois être mises en œuvre dès la rentrée 2013, assure le rapporteur: «Tout ne sera pas prêt en septembre, mais c’est engagé».

«UNE ÉCOLE INCLUSIVE»
Pour agir sur le long terme, Vincent Peillon veut commencer par former les enseignant.e.s à cette problématique, mais aussi les agents chargé.e.s de l’encadrement et de l’inspection. Du côté des élèves, les cours d’éducation à la sexualité et de morale laïque devraient permettre d’aborder à la fois l’homosexualité et la transsexualité tout comme la lutte contre l’homophobie et la transphobie. Le ministre entend enfin apporter une réponse aux souffrances liées à la discrimination des jeunes LGBT, dont le taux de suicide est largement supérieur à celui des personnes non identifiées comme LGBT du même âge.

Dans son rapport, Michel Teychenné préconise de cibler désormais le collège. «Les interventions en milieu scolaire ont plutôt lieu au lycée et les élèves y ont déjà pris conscience de leur orientation sexuelle, a-t-il constaté. Mais c’est entre 12 et 15 ans que la compréhension de sa différence se révèle, qu’on est fragilisé et qu’il faut donc une école inclusive.»  La fragilisation est d’autant plus forte qu’elle est ignorée – ou appuyée – par le milieu familial. Dans le cas des autres discriminations (origine ethnique, handicap, religion), la famille est généralement au courant et apporte son soutien à l’élève. Dans le cas de l’homosexualité, l’individu est souvent seul.

À l’école primaire, la lutte contre les LGBTphobies passerait par un discours inclusif pour que soit mieux prise en compte «la diversité des familles» et pour que soient mieux repérées et sanctionnées les insultes homophobes et transphobes.

« »Pédé », « enculé » ne sont même plus des injures, c’est de la ponctuation, déplore Michel Teychenné. Mais ceux qui entendent ces mots accusent le coup.»

Jusqu’ici, le ministère de l’Éducation nationale donnait peu de consignes, juge le rapporteur et «les équipes pédagogiques, qui ne savent pas jusqu’où elles peuvent aller, avaient un besoin de réassurance».

«TABOU»
Les infirmièr.e.s scolaires sont parfois les seul.e.s interlocuteurs/trices à même de répondre aux questionnements des jeunes LGBT. Pour le rapporteur, cette situation doit changer: «Il faut démédicaliser la lutte contre l’homophobie, car c’est stigmatisant», estime-t-il. Il recommande que cette problématique soit confiée à une équipe «sentinelle» composée du conseiller principal d’éducation (CPE), d’un.e professeur.e volontaire et de l’infirmièr.e de l’établissement. Le rôle des enseignant.e.s d’éducation physique et sportive (EPS) pourrait également être renforcé:

«Parmi les enseignants, ce sont les seuls à avoir un rapport au corps de l’élève. On constate que les jeunes homos – plus souvent les garçons, d’ailleurs – hésitent à aller en cours de sport car il faut affronter les regards dans les vestiaires et la nudité les met mal à l’aise. Si un jeune est « présumé » homo, ce sont des moments qui catalysent les réactions homophobes et qui le poussent à l’absentéisme pour fuir le regard des autres.»

Dès l’introduction de son rapport, Michel Teychenné pointe du doigt le fait que l’homosexualité reste «encore trop tabou» à l’école. La Ligne Azur, un dispositif qui aide à trouver des réponses sur les questions d’identité de genre et d’orientation sexuelle, reste méconnue faute de relais dans les établissements. Un tiers d’entre eux seulement ont mis en avant les affiches envoyées par le ministère de l’Éducation nationale. Dans l’enseignement privé, la situation est encore plus critique. Le rôle des chef.fe.s d’établissement est à cet égard central. C’est en partie sur leurs épaules que repose le succès – ou l’échec – d’une politique efficace de lutte contre les LGBTphobies. D’après le rapporteur, le débat sur l’ouverture du mariage a été l’occasion pour les enseignant.e.s de prendre conscience de la prégnance de l’homophobie à l’occasion de discussion avec leurs élèves. Ces professeur.e.s seraient toutefois désarmé.e.s car pas formé.e.s et parce qu’ils n’ont pas forcément à l’esprit «l’invisibilité» des enfants homos dans leurs classes.

ASSOCIATIONS
L’aide – et la pression – des associations sont à cet égard salutaires. Michel Teychenné a distingué entre autres les efforts de l’académie de Poitiers, où le recteur a déjà lancé des modules de formation des enseignant.e.s avec la collaboration de l’association Adheos. Dans le Loiret, à Créteil et à Bordeaux, d’autres académies sont sur la même lancée, mais la nécessité d’une action nationale se fait sentir: sur les 6,5 millions d’élèves qui vont au collège et au lycée, seul.e.s 2,6% bénéficient des interventions en milieu scolaire effectuées par les associations LGBT.

Pour le collectif Éducation contre les LGBTphobies, qui œuvre depuis 10 ans pour que soient mieux prises en charge les discriminations à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre à l’école, ce rapport est «une première étape» où l’on retrouve «largement les préconisations de sa propre plateforme revendicative», indique-t-il dans un communiqué. Michel Teychenné se réjouit «d’avoir le soutien» du collectif. Celui-ci entend «participer pleinement aux actions futures» tout en annonçant qu’il sera «vigilant et exigeant».

Pour lire le rapport sur la lutte contre l’homophobie à l’école, cliquez sur Rapport Teychenné.

Photo MEN/Ph. Devernay

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