La question de la transmission des cultures et mémoires LGBT pose un problème quotidien. Elle ne se fait pas pour les jeunes par la famille, encore moins par l’école ou la télévision. De l’autre côté de la pyramide des âges, les LGBT laissent souvent derrière eux/elles des témoignages, souvenirs, collections qui sont dispersées ou jetées. Pour faire face à ce problème plusieurs centres d’archives LGBT ont été créés ou sont en cours de construction, en France comme à l’étranger.

Le plus important fonds d’archives de l’hexagone est conservé à la bibliothèque municipale de Lyon. Deux fonds y sont réunis, le fonds Michel Chomarat et un ensemble Gay et Lesbien. Le premier existe depuis 1992. En dépôt à la Bibliothèque municipale de Lyon, il regroupe plusieurs dizaines de milliers de références. L’ensemble Gay et Lesbien, propriété de la bibliothèque et plus axé sur le prêt, est venu s’y adjoindre en 2005. Michel Chomarat, propriétaire du fonds qui porte son nom et chargé de mémoire à la Ville de Lyon, insiste sur l’importance symbolique du lieu:

«Il s’agit d’un lieu public, la deuxième bibliothèque de France. C’est donc la République qui reconnaît les LGBT».

C’est essentiel à ses yeux dans la construction d’identités propres aux LGBT, ce qui était impossible avant 1968 et la production massive de documents qui a suivi les luttes des années 1970. Laissés en héritages, ces documents sont passés aux jeunes générations. «Les archives ne sont pas mortes, on en fait quelque chose, nous organisons régulièrement des expositions, des conférences, des projections de films», explique Michel Chomarat. Il souhaite la mise en place de centres de documentation dans les bibliothèques de toutes les grandes villes de France, seul moyen de «pérenniser, protéger et perpétuer» les ressources documentaires accumulées.

POUR LE PLURALISME
Une volonté de conservation que l’on retrouve chez Phan Bigotte, président de l’Académie Gay & Lesbienne, association qui œuvre pour la sauvegarde des mémoires LGBT, et Thomas Dupuy (@Tom75 sur la communauté Yagg), chargé de la bibliothèque du centre LGBT de Paris. Contrairement à son homologue lyonnais, le premier pense que la mise en place d’archives LGBT doit se faire d’abord par le biais d’un tissu associatif. Assez échaudé par les institutions publiques qui lui refusent l’octroi d’un local depuis plus de dix ans, il reconnaît l’utilité de ressources publiques mais «plaide pour le pluralisme». Pour lui, «il faut les deux, seules les associations ont un intérêt à récupérer et conserver des petits fanzines, pas forcément connus».

Le centre LGBT de Paris, quant à lui, hébergé rue Beaubourg dans le IIIe arrondissement de Paris, ouvre ses portes cinq jours par semaine, de deux à quatre heures par jour. Il conserve plusieurs milliers de livres ainsi que 450 titres de magazines LGBT et environ 500 DVD. À l’opposé de Michel Chomarat et de Phan Bigotte, Thomas Dupuy voit dans ces fonds une culture qui n’a pas vocation à créer une identité culturelle homosexuelle. S’il admet volontiers que ces archives contribuent à la visibilité des personnes LGBT, elles font pour lui «partie intégrante de la culture au sens général».

LOCAL PRÊTÉ, PUIS RENDU
Impossible d’aborder les archives LGBT sans mentionner le projet de Centre d’archives et de documentation homosexuelles de Paris. En gestation depuis plus de dix ans, rebaptisé Centre des Mémoires LGBT Paris Ile-de-France, puis Institut Arc-en-ciel il y a un an, ce programme ambitieux ressemble surtout à une arlésienne. Malgré un local prêté par la Mairie de Paris et rendu depuis, il n’a donné lieu qu’à un pré-rapport de 80 pages, toujours en attente de validation auprès des ministères de la Culture et de l’Enseignement supérieur. Louis-Georges Tin, qui mène le projet, dénonce «une certaine forme de blocage au niveau des ministères concernés». Une réunion mardi 2 juillet au ministère de la Culture n’a rien donné selon lui, le représentant du ministère au futur conseil d’administration de l’institut n’étant toujours pas nommé. Quant au ministère de l’Enseignement supérieur, il devait rencontrer Louis-Georges Tin jeudi 4 juillet, mais le rendez-vous a été reporté sine die. L’ancien président du Comité IDAHO France dénonce une «mauvaise volonté» et une «sous-représentation des minorités au niveau culturel». Réclamant un lieu «vivant, culturel, ouvert sur le grand public», il est pourtant lui-même contesté. Certaines associations lui reprochent les dépenses importantes déjà engagées sans résultat visible à ce jour.

A contrario, la référence pour tous les lieux de mémoire LGBT reste la GLBT Historical Society de San Francisco. Créée en 1985 et dotée depuis 2011 d’un musée, elle accueille en plus d’archives conséquentes de nombreuses expositions et conférences.

En France, face à la difficulté d’obtenir un lieu pouvant accueillir du public, certain.e.s choisissent la solution numérique. C’est le cas d’Hexagone Gay. Depuis 2004 ce site collecte et met en ligne des documents, des cartes, des photos pour cartographier la vie des homosexuel.le.s depuis le XIXe siècle.

La plupart des experts LGBT dans ce domaine se retrouveront le 17 juillet à Marseille, aux archives départementales, pour une conférence consacrée aux «Archives et Centres documentaires LGBT  en France, en Europe et aux USA» dans le cadre de l’Europride.

Voir ou revoir les entretiens accordés à Yagg par Gerard Koskovich (GLBT Historical Society de San Francisco) et Marc Devirnoy (Hexagone Gay):

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Rencontre avec Gérard Koskovich

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Marc Devirnoy, fondateur de Hexagone Gay

Photo Julien Adelaere.