Un bilan de santé plus satisfaisant mais des difficultés sociales et économiques qui persistent ou s’aggravent, tels sont les principaux enseignements de l’enquête Vespa2 réalisée auprès des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) et publiée aujourd’hui dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire.

Vespa2 est une enquête réalisée en 2011 par l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS) auprès des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) suivies à l’hôpital. Elle fait suite à une première enquête réalisée en 2003. Les gays et les Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) représentent 40% des PVVIH suivies à l’hôpital. Cela signifie que l’épidémie est très importante parmi les HSH. Selon l’enquête «Contexte de la sexualité en France», référence en la matière, les hommes qui déclarent avoir déjà eu des pratiques homosexuelles représentent 4,1% des hommes de 18 à 69 ans.

UN BILAN MÉDICAL PLUS SATISFAISANT
Premier enseignement de Vespa2, les PVVIH ont des résultats médicaux très satisfaisants. Plus de neuf patient.e.s sur dix reçoivent un traitement antirétroviral. Cela signifie pour eux/elles mettre toutes les chances de leur côté pour contrôler durablement l’infection sans symptôme et sans maladie associée. D’ailleurs, quasiment la même proportion de patient.e.s ont une charge virale indétectable sous traitement. Leur traitement est efficace et leur assure une espérance de vie quasi identique aux personnes non infectées. Le traitement efficace est aussi une bonne nouvelle en terme de prévention, puisqu’une PVVIH traitée efficacement (charge virale indétectable, pas d’IST) réduit très fortement le risque de transmission du VIH. Mais la perception du niveau général de santé par les PVVIH n’évolue que marginalement depuis 2003. Comme le souligne Patrick Yéni dans son éditorial. Cela s’explique par de fréquentes comorbidités: si les coinfections avec des hépatites (VHC et VHB) sont en baisse, les prescriptions d’hypotenseurs (contre la tension) et d’hypolipémiants (anticholestérol) sont en hausse et 13% des PVVIH rapportent un épisode dépressif majeur dans l’année.

LA PRÉCARITÉ ET L’ISOLEMENT S’ACCENTUENT
En dehors du traitement, Vespa2 révèle une précarité accrue et un fort isolement des PVVIH. La moitié des personnes séropositives vivent seules ou en famille monoparentale. Chez les gays et les HSH, l’isolement gagne du terrain, les HSH séropositifs vivant majoritairement seuls (54,8% contre 50,9% en 2003). Sept hommes sur 10 travaillent au moment de l’enquête et 7,9% recherchent un emploi. Un homme sur cinq reçoit une allocation d’invalidité, et dans un cas sur deux, il s’agit de l’Allocation aux adultes handicapés. Sur l’ensemble des PVVIH, 58,5% travaillent (c’est beaucoup moins que dans le reste de la population), 13% sont en recherche active d’emploi, 19,4% en invalidité. La crise de 2008 n’a fait qu’amplifier ce phénomène de précarité.

Pour France Lert, qui a coordonné l’étude Vespa2 et que nous avons interviewé, la moins grande précarité des HSH s’explique:

«L’épidémie VIH touche toutes les catégories de HSH, car parmi eux, c’est une épidémie généralisée. On compte parmi eux une proportion élevée de cadres supérieurs en tout cas plus élevée que dans les autres groupes atteints mais on remarque aussi que plus de la moitié sont des employés ou des ouvriers. Ils maintiennent leur activité professionnelle à un niveau plus élevé. En plus ils n’ont pas d’enfants ce qui contribue aussi à un revenu par personne plus élevé. Il y a donc un faisceau de facteurs qui jouent en faveur d’une situation financière meilleure… mais payée au prix fort en termes de prévalence, il ne faut jamais l’oublier.»

L’isolement qui gagne du terrain chez les HSH séropositifs traduirait-il une moins bonne acceptation de la séropositivité dans la communauté gay? Pas sûr, toujours selon France Lert: «Il faut prendre en compte le vieillissement et étudier par âge ce que nous n’avons pas encore fait. Les unions, malgré l’engagement actuel sur la beauté du mariage, sont plus courtes chez les HSH, ils ont donc sans doute plus de risque de se trouver seuls par période, ce qui explique qu’on en trouve davantage seuls. La reconstitution d’une union est aussi plus difficile avec l’âge. Il est possible que les formes de la sexualité gay qui changent très vite soient moins favorables aux relations stables. Ce sont des hypothèses à explorer. Je ne pense pas à un phénomène de discrimination mais pour le moment c’est difficile à dire. Nous avons d’autres informations mais qui ne sont pas encore analysées.»

LUTTER CONTRE LA SÉROPHOBIE
Une autre information de Vespa2 devrait inciter à lutter contre la sérophobie. En 2011, selon l’enquête, il reste difficile de révéler sa séropositivité à ses partenaires: 14% des PVVIH qui étaient déjà séropositives au début de la relation actuellement en cours ne l’ont jamais annoncé à leur partenaire principal (contre 5% chez celles qui ont appris leur séropositivité quand elles étaient déjà en couple), et 69% n’en ont pas informé leur dernier partenaire occasionnel (et jusqu’à respectivement 79% et 74% chez les hommes immigrés d’Afrique sub-saharienne et les gays et HSH). Pour l’association Warning, la raison du rejet et de la précarité des PVVIH s’expliquerait par des messages jugés alarmistes:

«Si on veut sortir les séropositifs de la misère et de l’exclusion sociale le ministère des Affaires sociales et de la Santé doit lancer une vaste campagne d’information sur l’efficacité du traitement anti-VIH qui expliquerait ce que toute la communauté internationale scientifique sait: qu’une personne séropositive sous traitement efficace ne transmet plus le virus. C’est la seule façon de faire reculer les fausses croyances de transmission du virus par l’alimentation, la boisson, qui font que beaucoup ont peur d’embaucher ou de côtoyer des personnes séropositives.»

Sur le plan des comportements sexuels, les personnes vivant avec le VIH utilisent davantage le préservatif qu’en 2003 à l’occasion de relations avec des partenaires occasionnel.le.s, mais cette utilisation est loin d’être systématique et l’utilisation du préservatif est moins fréquente parmi les couples stables qu’avec les partenaires occasionnel.le.s. Les HSH déclarent plus fréquemment une Infection sexuellement transmissible que les autres groupes.

Vespa2 souligne enfin l’importance de l’activité associative chez les PVVIH. C’est grâce aux associations de lutte contre le sida que les PVVIH peuvent reconstruire des liens sociaux. Histoire de dire que les efforts budgétaires d’aide aux associations doivent être maintenus.

Photo Joe Moore (char Sida Info Service à la Marche des fiertés LGBT 2013)

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