[mise à jour, 18h] Ajout de réactions de l’Inter-LGBT, des Enfants d’Arc en Ciel et d’Esther Benbassa
[mise à jour, 03/07] Ajout de la réaction de HES

Abordée au détour d’une question sur la fin de vie, la procréation médicalement assistée (PMA) a été évoquée ce matin, mardi 2 juillet, par le président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), le professeur Jean-Claude Ameisen. Interviewé sur RMC, il a indiqué que l’institution qu’il préside ne se penchera pas sur la question de la PMA avant le premier trimestre 2014. Le Comité devait initialement rendre un avis en novembre.

«MAUVAIS ARGUMENT»
La raison de ce report? «Le débat public sur la fin de vie, explique le président du CCNE. On ne peut pas faire des états généraux sur tout en même temps.» Ce débat public a été promis hier, lundi 1er juillet, par François Hollande. L’ouverture de la PMA à toutes les femmes serait donc le sujet d’après. Pour le député Olivier Dussopt (PS), qui s’était battu pour que la PMA figure dans le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe, «le CCNE utilise un mauvais argument de forme – le calendrier – pour le mettre au service d’une position conservatrice et arrêtée pour la plupart d’entre eux. Ce CCNE n’est que consultatif, on lui demande un avis, pas un débat.» La sénatrice Esther Benbassa (EELV) déplore un recul «regrettable». «À quoi sert le mariage pour tous sans la PMA? demande-t-elle. Quand ce n’est pas une commission, c’est un comité… Et le CCNE est bien plus conservateur que la société. J’aimerais qu’on en revoie la composition avec des gens plus jeunes et issus de la société civile.»

L’Inter-LGBT interroge pour sa part «le gouvernement, les parlementaires et les partis politiques de la majorité». «Continueront-ils à fuir leurs engagements?», demande-t-elle dans un communiqué.

«Il ne saurait y avoir d’égalité sans la PMA. L’Inter-LGBT n’a jamais été aussi sceptique sur la « loi famille », loi que le Premier ministre a appelée de ses voeux début janvier – et dans laquelle la PMA doit être incluse. Elle ne dispose à ce jour d’aucune garantie sur le calendrier de cette loi, ses contours ni ses objectifs.

L’Inter-LGBT demande à être reçue par le gouvernement afin qu’il donne son calendrier de travail sur les questions LGBT pour l’année prochaine. Car, outre la PMA, les attentes sont toujours nombreuses: filiation, droits des trans, soutien aux politiques de lutte contre les violences.

Face à la frilosité du gouvernement et au report de calendrier du CCNE, l’Inter-LGBT interpelle vivement les parlementaires progressistes et les invite à déposer sans attendre une proposition de loi sur l’ouverture de la PMA aux lesbiennes.

L’Inter-LGBT s’indigne du silence assourdissant du Parti socialiste – engagé sur la PMA pendant la présidentielle, engagé sur la PMA pendant les grandes manifestations pour l’égalité de décembre et janvier dernier mais atone depuis le vote du « mariage pour tous ». Pour l’Inter-LGBT, l’agenda de l’égalité des droits ne s’est pas arrêté en mai 2013.»

De son côté, le collectif Oui Oui Oui s’indigne du «mépris affiché du CCNE à l’encontre des lesbiennes et des femmes en général» et appelle le Parti socialiste à prendre ses responsabilités. Les militant.e.s de ce groupement estiment que dans la mesure où le gouvernement n’est pas lié par l’avis du CCNE, il n’est pas nécessaire d’attendre son opinion pour introduire la PMA dans la «future loi sur la famille». Avec humour, Homosexualités et socialisme (HES) pointe du doigt les «vicissitudes d’un calendrier qui prend les allures d’une savonnette sur un sol mouillé». L’association tient à ce que la PMA ne soit pas qu’un «un épouvantail instrumentalisé par des conservateurs ivres de rage» et rappelle que ce progrès, «le PS l’a inscrit dans son programme, voté par les militants en mai 2011, parce que c’est une réforme utile et réfléchie».

Le gouvernement sera-t-il à même d’avancer sur cette question en 2014, alors que se joueront les élections municipales et européennes? Nathalie Mestre, des Enfants d’Arc en Ciel veut tout faire pour que ce soit le cas. «On n’est pas étonné que ça se passe comme ça car le débat [sur l’ouverture du mariage] a été difficile, confie-t-elle à Yagg. On connaît la situation du PS en ce moment, cette réaction est logique. Mais il est hors de question qu’ils reportent ça sans arrêt. Aujourd’hui, deux lesbiennes devraient avoir le choix de fonder leur famille comme elles le souhaitent. Ça devient urgent pour les familles, d’autant plus que les questions d’éthique ont été tranchées il y a bien longtemps. Le gouvernement fait ce qu’il veut, il peut décider d’agir maintenant, sans attendre l’avis de la CCNE.»

Sur RMC, le sénateur EELV Jean-Vincent Placé a fustigé la façon «lamentable» dont le gouvernement gère la question de la PMA. «Quand ça arrange, on fait un rapport type Gallois, décidé en 12 heures sans concertation avec les crédits d’impôt, a tempêté le sénateur. Dès qu’il s’agit d’enterrer la PMA ou le droit à mourir dans la dignité, on fait un rapport du Comité consultatif national d’éthique. Ce n’est pas bien de faire enterrer ces projets par d’autres, c’est hypocrite.»

Photo Xavier Héraud

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