Alors que le Brésil connaît actuellement d’importantes manifestations contre la corruption et les inégalités sociales, le projet «cura gay» («soigner les gays») a été approuvé le 18 juin par la Commission des droits humains de la chambre des députés. Il s’agit d’une mesure approuvant la mise en place de traitements psychologiques en vue de soigner l’homosexualité.

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur CDHM 18 06 2013

L’HOMME DE LA SITUATION?
C’est le pasteur évangélique Marco Feliciano qui en est à l’origine. Membre du Parti social-chrétien Il a été élu en mars dernier président de la Commission des droits humains et des minorités. Un comble pour cet homme ouvertement raciste, misogyne et homophobe. Il s’était en effet illustré en utilisant l’expression «cancer gay» pour parler du sida, puis avait déclaré que «la putréfaction des sentiments des homosexuels conduit à la haine, au crime et au rejet», mais aussi que les Africains étaient «maudits de par leur ascendance». Marco Feliciano a en outre affirmé que la colère de Dieu avait tué John Lennon parce que celui-ci avait déclaré que les Beatles étaient plus célèbres que le Christ.

CE QUE PRÉVOIT LE PROJET «CURA GAY»
Depuis le début de son mandat, Marco Feliciano bataille pour faire passer cette mesure: «Dans la pratique, les résultats seront qu’une personne âgée de plus de 18 ans, responsable de ses actes, qui est homosexuel-le et qui souhaite réorienter sa sexualité pourra être prise en charge par un psychologue», affirme Joe Campos, député du Parti évangelique.

UNE MESURE À L’ENCONTRE DE L’ÉTHIQUE MÉDICALE
Du côté des instances médicales, cette mesure est en contradiction avec la déontologie des professionnel-le-s de santé: «La psychologie, de même que d’autres disciplines scientifiques, reconnaissent que l’orientation sexuelle n’est pas une pathologie, ni une perversion, ni un trouble mental ou du comportement. Depuis que c’est le cas, nous ne pouvons pas proposer un traitement, c’est une question d’éthique», insiste Huberto Verona, membre du Conseil des médecins psychologues. Pour l’instant, cette mesure permettant de «soigner» les homosexuel-le-s doit encore passer devant plusieurs autres commissions avant d’être soumise au vote des parlementaires.

UN PAS EN ARRIÈRE
Plusieurs personnalités politiques ont vivement réagi à la décision de la Commission des droits humains, dont Maria do Rosario, députée et secrétaire aux Droits humains du Brésil: «Ce dont le Brésil a besoin, ce sont des lois qui criminalisent l’homophobie et l’extension des droits des personnes LGBT. Cette proposition est un pas en arrière!»

Le climat pour les LGBT au Brésil est aujourd’hui tout à fait paradoxal: alors que le Conseil national de la Justice a reconnu mi-avril qu’il n’existait pas d’obstacle légal au mariage pour les couples de même sexe, l’homophobie et la transphobie sont encore très prégnantes. En effet, le nombre de meurtres et d’agressions de personnes homos ou trans’ a connu une augmentation très préoccupante l’an dernier. De plus, les lobbies évangélistes se font de plus en plus influents dans la société et en politique, à l’image de l’ascension à un poste d’une telle importance du député Marco Feliciano.

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