Ce mercredi 19 juin au matin, au point presse de la Marche des Fiertés de Paris, qui aura lieu le 29 juin (de Montparnasse à Bastille), Nicolas Gougain, le porte-parole de l’Inter-LGBT commence par rappeler le contexte évidemment particulier de cette année 2013 forte en émotions: «C’était la première fois que les associations LGBT se mobilisaient dans la rue en dehors des Marches des Fiertés, indique-t-il en référence aux manifestations pour l’égalité des droits en décembre et janvier dernier. Avec le mot d’ordre “Droits des LGBT, allons au bout de l’égalité”, il s’agit maintenant de montrer ce qui manque. Notre détermination est la même que l’an dernier et que lors des années précédentes.»

FILIATION ET PARENTALITÉ
Aux côtés du porte-parole de l’Inter-LGBT, des représentant-e-s d’associations sont là pour rappeler que l’égalité totale est encore à conquérir dans plusieurs domaines. Nathalie Mestre, membre du conseil d’administration de l’Inter-LGBT et des Enfants d’Arc en Ciel souligne que la PMA, pourtant une promesse de campagne de François Hollande, a été la grande oubliée de la loi sur le mariage et l’adoption:«Il reste beaucoup à faire en matière de filiation et de parentalité car on va s’apercevoir que la protection des enfants des familles homoparentales n’est pas au point. Concernant l’adoption de l’enfant du conjoint, on risque de se retrouver dans le même cas de figure qu’avec la délégation partage de l’autorité parentale (DPAP), c’est-à-dire que cela aboutira ou non selon l’appréciation du juge et cela créera encore des inégalités.

«Paradoxalement, les familles homoparentales se retrouvent obligées aujourd’hui de passer par la case mariage, ce qui n’est pas le cas des autres familles. Enfin, il n’y a rien de prévu pour les enfants des familles déjà séparées.»

Concernant la PMA, les associations ignorent encore ce que la loi Famille prévue pour décembre 2013 contiendra.

DROITS DES TRANS’
«La France est à la ramasse concernant les droits des trans’, soutient Laura Leprince, d’ID’trans. Nous allons désormais tester la volonté du gouvernement sur ces questions. Nous devons faire avancer les choses vite, notamment en s’appuyant sur les bonnes volontés parlementaires sur ce sujet.» Plusieurs revendications sont en première ligne: faire entrer l’identité de genre dans le droit, faciliter le changement d’état civil, mettre fin aux procédures médicalisées obligatoires, permettre la prise en charge des transitions quand les personnes le souhaitent.

«Sans oublier qu’il y a beaucoup de pédagogie à faire auprès des politiques, mais aussi du grand public et des médias pour lutter contre les préjugés.»

Pour Laura Leprince, ce combat-là ne doit pas être celui des seul-e-s trans’: «Nous subissons les mêmes stéréotypes que les LGB, nous partageons aussi le coming-out.»

LUTTE CONTRE LE VIH
Fred Bladou, militant d’Aides, mentionne le mariage de Bruno Spire, le président de l’association de lutte contre le sida, et de son compagnon samedi prochain: «Ce n’est pas un détail quand on est séropositif». Contre les LGBTphobies mais aussi contre la sérophobie, d’autres combats sont encore à mener: «On meurt moins du VIH aujourd’hui en France, mais comment vit-on aujourd’hui avec des maladies chroniques? Il faut se poser la question du vieillissement. Il ne faut pas oublier non plus la question des migrant-e-s: la France condamne à mort des hommes et des femmes touché-e-s par le VIH en les renvoyant dans leur pays d’origine et en les privant ainsi d’accès aux traitements.

Après le mariage et l’adoption, une des revendications doit être la question de la santé sexuelle. Il est primordial aujourd’hui de faire la promotion de la santé et que chacun-e puisse mettre en place sa propre prévention.»

TOUJOURS UNE JOURNÉE PARTICULIÈRE
La nouveauté de cette marche, ce sont plusieurs concerts à la Bastille pour terminer cette journée de revendications par une bonne dose de pop et d’électro. «Ce sont des artistes qui veulent vraiment marquer leur soutien aux LGBT», insiste l’Inter-LGBT. Au programme, une soirée animée par les fondateurs des soirées Club Sandwich Marc Zaffuto et Emmanuel D’Orazio avec sur scène Kiddy Sm!le, le DJ Guena LG et le groupe The Young Professionals. Combien de personnes sont attendues pour la Marche des Fiertés de Paris?

«Depuis une dizaine d’années, nous avons une participation constante, affirme Nicolas Gougain. La Préfecture a ses propres méthodes de comptage, mais nous comparons aussi avec les années précédentes. Nous ne cherchons pas forcément à renchérir sur les chiffres, nous laissons ça à nos opposant-e-s», plaisante-t-il. Pour le porte-parole de l’Inter-LGBT, l’obtention du mariage et de l’adoption en avril dernier ne feront pas perdre à la Marche sa teneur revendicative et sa singularité: «Il y a un état d’esprit différent des manifestations qu’on peut avoir en France. On l’a vu en décembre et en janvier où tout le monde a fait preuve d’une grande créativité, où il n’y a pas eu de heurts. Il y a quelque chose de positif où les gens ne sont pas dans la colère ou l’opposition.»

Voir le programme du concert de la Marche des Fiertés de Paris 2013

Photo Maëlle Le Corre