Dimanche 16 juin, le président de la Roumanie Traian Băsescu a créé la surprise dans une émission télévisée en se montrant favorable à l’union des personnes de même sexe. Celui-ci a estimé que malgré ses propres croyances religieuses, il ne voyait pas d’objection à voir des couples de même sexe obtenir les mêmes droits: «Chacun est libre de faire ce qu’il veut de sa vie. Si un homme veut se marier avec un homme, une femme avec une femme, c’est leur problème. Je suis d’accord avec la liberté de chaque homme de faire ce qu’il veut de sa vie car ce que nous faisons entre les murs de notre maison ne regarde que nous.» Une prise de positions inattendue et courageuse dans un pays loin d’être gay-friendly. Selon une étude menée dans les pays de l’Union Européenne en 2011, seuls 3% de la population roumaine affirmait connaître une personne LGBT dans son entourage. Les LGBT restent encore très peu visibles dans la société et souvent victimes de discriminations. Comme dans plusieurs pays d’Europe de l’Est, les gay prides ont lieu sous protection policière en raison des hordes de nationalistes venues pour agresser les militant-e-s LGBT.

L’AMENDEMENT DE L’ARTICLE 48
La déclaration du président roumain intervient deux semaines après qu’une partie des députés de la majorité avec le soutien de l’Église orthodoxe ont fait passer un amendement visant à modifier la Constitution. En effet, l’article 48 prévoit actuellement que «la famille est fondée sur le mariage librement consenti entre les conjoints, sur leur égalité et sur le droit et le devoir des parents d’assurer la croissance, l’éducation et l’instruction des enfants.» Cet amendement aurait alors introduit le mariage comme étant l’union d’un homme et d’une femme et aurait ainsi empêché toute mesure permettant d’ouvrir le mariage et l’adoption aux couples de même sexe.

LE GOUVERNEMENT FAIT MACHINE ARRIÈRE
Face aux réactions des associations de défense des droits humains, le Premier ministre Victor Ponta a fait machine arrière et demandé un nouveau vote. L’association LGBT Accept a fait part de sa consternation dans un communiqué de presse: «Redéfinir la famille et reconnaître l’interdiction implicite du mariage entre personnes de même sexe violent l’égalité des citoyens devant la loi roumaine. La décision du Comité mixte de la Chambre des Députés et du Sénat pour réviser la Constitution de la Roumanie sur la redéfinition de la famille est surprenante et contradictoire, après l’adoption du principe de non-discrimination fondée sur l’orientation sexuelle comme un principe constitutionnel.» Mardi dernier, les députés sont donc revenus sur cet amendement. S’il ne partage pas les positions du président Traian Băsescu, le Premier ministre semble surtout craindre de se faire taper sur les doigts par la Commission Européenne, comme la Hongrie en 2012 lorsqu’elle avait aussi modifié sa Constitution. Un éventuel projet de loi autour de l’ouverture du mariage et de l’adoption pour les couples gays et lesbiens ne Roumanie n’est donc pas pour tout de suite…

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