Le deuxième kiss-in contre la censure de l’affiche de L’Inconnu du lac a eu lieu hier, dimanche 16 juin, devant la mairie de Saint-Cloud, dans un climat très tendu. Yagg publie les témoignages brut de deux militant-e-s, preuve que la haine des homosexuel-le-s y était bien vivante.

ÉLISE, DU COLLECTIF OUI OUI OUI, QUI ORGANISAIT CE KISS-IN: «C’EST LA PREMIÈRE FOIS QUE JE VENAIS ET QUE JE REPARTAIS D’UNE MANIF SOUS ESCORTE POLICIÈRE…»
«On avait déclaré le rassemblement en préfecture donc on était en contact avec la police. Ils nous ont prévenu-e-s très tôt de la présence de contre-manifestants. Des opposant-e-s très déterminé-e-s selon les dires du commandant qui s’occupait de nous. Du coup on a beaucoup hésité à maintenir le rassemblement. On ne l’a maintenu que pour éviter que quelques personnes isolées ne se retrouvent seules face aux fachos, mais le cœur n’y était pas vraiment.

Et on a prévenu sur la page de l’event qu’il fallait vraiment venir groupé-e-s et de préférence par la gare SNCF de Saint-Cloud, ce qu’on a décidé en accord avec la préfecture du 92 qui du coup nous attendait sur place pour nous escorter de la gare à la place de la mairie. C’est la première fois que je venais et que je repartais d’une manif sous escorte policière… Étrange mais rassurant aussi. Je pense que ce climat sur les 48 heures précédant le rassemblement a effrayé une bonne partie des gens qui avaient décidé de se mobiliser à l’origine.

On a essayé d’organiser un départ groupé de Saint Lazare. Du coup on a pu retrouver une dizaine de personnes, un groupe assez mixte, au départ du train, et on est venu ensemble. L’une des manifestantes avait pris un drapeau arc-en-ciel qui a été notre seule identification par la suite. On est donc arrivé à Saint-Cloud à 13h45 à la gare où les policiers locaux nous attendaient pour nous escorter afin de dissuader les quelques visages patibulaires (encore une expression du commandant qui m’avait prévenue un peu plus tôt par téléphone).  En effet il y avait 2-3 types un peu skin/fachos sur le chemin de la gare qui nous ont observé-e-s soigneusement comme on progressait dans la ville encadré-e-s par les flics. Ils se sont d’ailleurs joint aux manifestant-e-s 15 minutes plus tard

On est arrivé, à 10 donc, sur la place de la mairie. Une bonne soixantaine de contre-manifestant-e-s étaient déjà là et nous ont hué-e-s quand on s’est approché. Ils tenaient des pancartes faites maison avec des slogans bien haineux. Sur place il y avait le secrétaire du PS local, Xavier Brunschvicg, avec ou ou deux militants.

On s’est avancé jusqu’au cordon de flics qui séparait la place en deux. On a formé une ligne et brandi notre drapeau arc-en-ciel le plus haut possible. On n’avait encore rien dit qu’une vieille bonne femme façon manif de Civitas a hurlé: “On n’est pas homophobe!! Renseignez-vous avant de lancer des accusations!” J’ai répondu: “Ah mais on n’a encore rien dit, nous”. Un type a rétorqué: “Oh mais c’est en prévention”. On s’est regardé entre manifestant-e-s et on s’est demandé ce qu’on faisait là.

Les opposant-e-s ont commencé à hurler des slogans, plus intelligents les uns que les autres… Leur préféré c’était “on n’entend pas chanter l’ellegébété, on n’entend pas chanter chanter l’ellegébétééé!” sur l’air de Sur le pont du nord. Les suivants étaient moins gentils. En gros c’était très homophobe et très violent. On s’est fait traité de dégénéré-e-s.

Nous n’étions que 12 au départ. Ensuite les rangs se sont étoffés. On a d’abord été rejoint par quelques clodoaldien-ne-s qui sont venu-e-s attiré-e-s par le bruit. Notamment un couple hétéro de trentenaires qui a joué le jeu du kiss- in et qui avait pas mal de répondant. Ensuite progressivement d’autres personnes nous ont rejoint-e-s, des jeunes de Saint-Cloud, lycéen-ne-s je pense, rameuté-e-s par le PS local et venu-e-s clairement pour se fritter avec les fachos. On a fini par être une quarantaine et en face une centaine d’opposant-e-s. Et peu à peu les propos sont devenus de plus en plus haineux. On a eu droit à «vous êtes triste et stériles». Ils/elles ont crié que la démocratie était bafouée. Bref ils/elles étaient là contre nous et contre la loi mariage. Alors que nous on venait contre la censure.

Vers la fin on a voulu faire le kiss-in quand même. Donc il y a eu 7-8 couples qui se sont embrassés. En face quelques types énervés ont commencé à pousser des cris de dégoût. Et puis après ils ont harangué un couple de mecs, les plus proches d’eux, en leur criant qu’ils n’avaient qu’à s’enculer pour montrer comment ils faisaient. Et après ils les ont hués en criant “ils ont pas de couilleeeuuuh”. Plusieurs ont menacé les gens individuellement. Ils ont fini par nous dire qu’on était dégénéré-e-s, dégoûtant-e-s, répugnant-e-s, etc. Puis un type du FN a fait un discours au mégaphone que je n’ai pas écouté. On a dispersé la manif et on est reparti encadré par la police jusqu’à la gare.»

ADRIEN: LES SKINHEADS NOUS ONT CRIÉ «ENCULEZ-VOUS, MONTREZ-NOUS CE QUE VOUS FAITES»
«Dès qu’on est arrivé ils criaient “On n’est pas homophobes”, suivi de « 1e, 2e, 3e génération, nous sommes tous des enfants d’hétéros”, après “sales PD”, puis “Sida” et “Tueurs d’enfants”. Des trucs totalement ahurissants. Un mec hurlait qu’on était responsables des 8 millions de morts dues à l’avortement.

Une femme était littéralement en transe. Elle n’arrêtait pas de crier “Votre amour est stérile”. Une élue FN jouait à nous intimider. Elle était à gauche des crânes rasés et ils nous regardaient fixement un par un en criant “Nous on n’a pas le sida”. Elle ne criait pas mais riait aux éclats. Après je leur ai crié “Vous n’avez pas d’autres arguments un peu plus construits?”, alors ils m’ont ciblé. En me regardant et en me disant de venir de leur côté du cordon de CRS et en se montrant agressifs. Je leur ai dit qu’ils étaient hyper lâches et que c’était trop facile vu leur supériorité numérique. L’élue FN a commencé à me hurler des trucs. Je lui ai fait signe que je n’entendais pas. Elle s’est rapproché en hurlant “Normal, la masturbation ça rend sourd”. Une nana à côté de moi lui a lancé “mais vous ne faites jamais rien vous, vous vous ne masturbez même pas”. Ce à quoi elle a réagi en faisant un signe circulaire autour de son visage puis en nous montrant du doigt et en criant “après” voulant signifier qu’ils nous avaient repéré-e-s et qu’ils nous retrouveraient pour nous casser la gueule.

Je suis ahuri de voir une élue de la république avoir recours à de telles méthodes d’intimidation.

Les skinheads nous ont crié “Enculez-vous, montrez-nous ce que vous faites”. Je leur ai répondu “ça vous excite hein?” et ils ont fermé leur gueule. Ou le mec: “Vous mettez vos bites dans des culs plein de merde avant de lécher la merde sur vos bites”. J’ai répondu “J’ai l’adresse d’un bon psychanalyste si vous voulez”. Ce qui était frappant, c’était que dès que l’on contre-argumentait, ils n’avaient strictement rien à dire. Ils étaient totalement obsédés par la sodomie.

Une femme a demandé aux petites filles de 5 ans qui tenaient des panneaux clairement homophobes si elles comprenaient le sens de ces mots et tout à coup une femme assez âgée en transe est arrivée lui crier de ne pas toucher aux enfants en la menaçant. Bref, France, 2013.»