Audrey Keysers«Votre nom n’a aucun intérêt. Vous êtes inconnu du grand public. Pourtant, vous avez réussi un “coup de com’” en vous mettant en scène, tel un résistant d’un petit village gaulois face à l’envahisseur et à ses dérives. Vous avez affirmé que vous ne célébreriez, dans votre ville, pas de mariage entre deux personnes de même sexe.

Avant toute chose, faut-il rappeler que tous les élus de la République sont tenus de respecter la loi, même s’ils sont en désaccord avec celles-ci? C’est le fondement même du pacte républicain et de la démocratie.

Ainsi, en tant que féministe, je suis en désaccord avec plusieurs lois en vigueur dans notre pays. Pourtant – contrairement à vous – je “fais avec”, en attendant une éventuelle évolution de la loi mais surtout, je n’en appelle pas à la désobéissance nationale. Pour illustrer mes propos, je citerai deux exemples:
▪ Une personne majeure victime d’un viol (je rappelle que dans neuf cas sur dix la victime est une femme) dispose d’une durée de dix ans pour porter plainte, au-delà, il y a prescription, condamnant ainsi de nombreuses victimes aux silences.
▪ Une femme en couple ne peut pas faire un don d’ovocytes pour aider d’autres femmes touchées par des problèmes de stérilité, si son conjoint y est opposé. En effet, le processus prévoit un accord écrit de l’homme, limitant ainsi le droit des femmes à disposer de leur corps.

Pour en revenir à votre refus de célébrer des mariages entre deux personnes du même sexe, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a rappelé, fort opportunément, que les maires réfractaires s’exposaient à des sanctions importantes.

Il ne me reste plus qu’à espérer que les élections municipales de mars 2014 seront l’occasion de mettre des maires tous les maires face à leurs responsabilités.»

Audrey Keysers
Membre du Conseil national du Parti socialiste
Co-auteure de Football féminin. La femme est l’avenir du foot aux éditions du Bord de l’eau, juin 2012.