La répression continue contre l’ensemble des opposant-e-s au régime de Vladimir Poutine. Accusée de violer l’article 19.34 du code administratif des organisations à but non lucratif, l’association qui organise le festival de cinéma LGBT Bok-O-Bok (Côte à Côte) a été condamnée à verser la somme de 12500 euros. Les organisateurs/trices ont été déclaré-e-s coupables de ne pas avoir inscrit leur association comme «agent étranger».

INSPECTER LES ONG
En mars 2013, le gouvernement russe a lancé une campagne intensive visant à inspecter les ONG présentes sur son territoire pour connaître leurs activités, une mesure qui vise clairement à intimider ces associations et à les empêcher d’agir sur le terrain. Cette mesure faisait suite à une loi sur les «agents étrangers» introduite pendant l’été 2012 cherchant clairement à stigmatiser les organisations recevant un soutien financier extérieur à la Russie. Des agents du ministère de la Justice, des inspecteurs du trésor public ainsi que des policiers ont donc visité et inspecté plusieurs dizaines d’ONG, dont Bok-O-Bok. Les membres de l’association ont dû présenter un nombre important de documents administratifs et financiers, ainsi que des copies des films diffusés lors du festival durant les cinq dernières années. Après inspection de ces éléments, ce sont la publication d’une brochure («The Worldwide LGBT Movement: Local Practices to Global Politics») et la participation à une campagne d’information («Let’s Stop the Homophobic Bill Together») qui ont incriminé les organisateurs/trices.

UNE CONDAMNATION ABUSIVE
D’abord prévue le 24 mai, l’audience a a été ajournée grâce à la défense, et a finalement eu lieu le vendredi 6 juin. Ce report avait laissé entrevoir aux membres de l’association la possibilité d’une issue en leur faveur. Plusieurs défenseur-e-s des droits humains étaient présent-e-s lors de l’audience pour montrer leur soutien à l’association. Durant le procès, la défense a tenté de montrer que la procédure avait été abusive et faite dans la précipitation. De plus, les faits remontant à une date antérieure à l’entrée en vigueur de la loi, ils n’auraient pas dû être utilisés contre l’association. Pourtant le procureur et le juge Camaldinov n’en ont pas tenu compte. Enfin, la loi n’était pas censée s’appliquer aux associations à but culturel, comme Bok-O-Bok, ou caritatif. Mais là encore, cet aspect a été ignoré par les instances juridiques.

D’AUTRES ASSOCIATIONS VISÉES
Human Rights Watch (HRW) a publié une liste des ONG qui risquent des poursuites en raison de leurs actions menées en Russie. Coming Out, une autre association qui milite pour les droits des LGBT à Saint-Pétersbourg, encourt elle aussi des poursuites. Prévue ce matin, l’audience a finalement été repoussée au 19 juin. Pour les avocats de l’association, il s’agira de montrer que l’objet de l’association tient de la défense des droits humains, et non de l’activité politique.

UNE LOI ANTI-«PROPAGANDE GAY» ÉTENDUE A TOUTE LA RUSSIE?
Ces procès se tiennent alors que le projet de loi visant à criminaliser la «promotion des relations sexuelles non-traditionnelles» arrive à la Douma, la chambre basse du Parlement. La commission sur la famille prévoit de faire passer la loi en deuxième et troisième lecture très rapidement. La loi est ainsi passée en deuxième lecture ce matin, la troisième aura lieu ce soir. «Si cette loi est acceptée telle quelle, cela ouvrira la possibilité de poursuivre violemment les citoyen-ne-s pour leurs opinions, et d’autres violations des droits humains», affirme Igor Kotchetkov, le président du réseau LGBT russe.

À signer, une pétition d’AllOut.org contre les lois antigays et la multiplication des violences à l’encontre des personnes LGBT.
Photo Max A. Khlopov