Ce matin, l’émission Service Public de France Inter accueillait le psychanalyste Michel Schneider, auteur de La Confusion des genres en 2007, aux côtés de Serge Hefez, lui aussi psychanalyste et soutien notoire au mariage pour tous et à l’homoparentalité pour un débat intitulé «La loi du genre: polémique autour des théories du genre». L’émission s’est ouverte sur un extrait du film culte Priscilla folle du désert… avant de sombrer dans le déballage de propos homophobes, transphobes et misogynes.

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DÉNI DE RÉALITÉ
Après quelques mots sur les «théories du genre», Michel Schneider montre rapidement ce qu’il pense de ces réflexions: «On ne peut pas choisir son sexe», affirme-t-il. Il cite la célèbre phrase de Beauvoir «On ne naît pas femme, on le devient», avant de prendre un virage à 180 degrés: «On ne naît pas femme, on le devient, mais on naît fille ou garçon, il n’y a que deux sexes, jusqu’à nouvel ordre. En Argentine, le sexe est devenu déclaratif, c’est un déni de réalité». L’animateur Guillaume Erner tente de contredire son invité qui poursuit: «On ne peut pas changer de sexe. On peut anatomiquement faire un certain nombre d’opérations, ablation du pénis, etc, mais on ne change pas le sexe chromosomique». La parole est donnée à Serge Héfez qui rebondit directement sur les derniers mots de Michel Schneider, en mentionnant le cas des personnes intersexuées.

CHOIX ET FILIATION
En arrivant au sujet du mariage pour tous et de la filiation, le psychanalyste s’attaque clairement à l’homoparentalité (à partir de 13′): «Pourquoi faudrait-il donner [la possibilité d’avoir des enfants], avec les moyens de l’État et de la santé publique, à des gens qui ont choisi un mode de sexualité qui exclut l’engendrement? Pourquoi faudrait-il donner raison à leur fantasme de se passer de l’autre sexe pour leur permettre d’être parent malgré tout?» On frôle de justesse le slogan «un papa, une maman, il n’y a pas mieux pour un enfant», mais on nage quand même en plein dedans. Serge Hefez intervient pour contrecarrer les arguments de Michel Schneider. «Il ne faut pas non plus confondre identité sexuée et orientation sexuelle, insiste-t-il en référence aux propos de son confrère et en tentant de recentrer le débat sur le thème initial. La théorie est beaucoup plus vaste dans ses effets et ses applications». Il mentionne notamment les travaux du père de la psychanalyse: «Sur ce point, Freud a été très novateur: ce n’est pas tant le roc de l’anatomie mais plutôt le genre qui va déterminer le sexe». Serge Hefez rappelle aussi que la famille a évolué, et que même sur le plan anthropologique, calquer la famille sociale sur la famille biologique n’est pas une réalité aussi évidente.

LESBOPHOBIE DÉCOMPLEXÉE
Mais plus rien n’arrête le psychanalyste homophobe: «Il y a, dans la position d’avoir des enfants sans avoir à rentrer en rapport avec le sexe masculin, une peur, une haine, une crainte, une phobie du membre viril, qui fait qu’on essaye d’avoir le produit de l’accouplement sans avoir à passer par l’acte d’accouplement. Là, il y a quand même un fantasme, on a envie de dire “Mesdames, si vous voulez avoir des enfants, il y a un moyen très simple, très économique, qui ne coûte rien à personne, c’est le rapport sexuel avec un homme en chair et en os”. Pourquoi avoir besoin de PMA? Pourquoi vouloir être mère quand on a choisi un mode de sexualité qui l’interdit?» Les lesbiennes phobiques du membre viril et incapables d’être mères devraient-elles aller se faire soigner? Michel Schneider ne s’aventure pas sur ce terrain, mais qui a vraiment envie d’entendre sa réponse? Enfin, les victimes de harcèlement sexuel apprécieront aussi que Michel Schneider déplore que l’instauration d’une loi visant à les protéger «criminalise le désir» et «cadre la sexualité». À croire que le psychanalyste a une définition de la sexualité légèrement éloignée du droit français, qui ne prendrait pas en compte la notion de consentement.

JOUE-LA COMME BOUTIN
Si vous pensiez qu’après Christine Boutin, plus personne ne s’avancerait à dire que l’homosexualité, c’est trop hype, détrompez-vous: nous avons un gagnant et il s’appelle Michel Schneider (à partir de 28′). «Il y a un consensus aujourd’hui, c’est trendy, c’est tendance d’être gay-friendly, assure-t-il en critiquant le renversement de la norme vers l’homosexualité. Il mentionne le Festival de Cannes et ses six films sur l’homosexualité parmi la sélection. «Le Monde a titré “la Palme du courage”, comme si c’était du courage de montrer, ce serait de montrer un couple hétérosexuel qui se débat avec sa sexualité». En face, Serge Héfez rappelle que les mêmes critiques étaient dirigées contre le féminisme quelques dizaines d’années plus tôt. «Il y a eu une énorme injustice sur l’homosexualité depuis 5000 ans, qui commence à être réparée depuis 10 ou 15 ans. Dire qu’il y a un renversement, c’est délirant, ça ne correspond à rien.»

Michel Schneider semble avoir un problème avec le mot «genre», qu’il qualifie de «cache-sexe». Tout au long de l’émission, Michel Schneider préfèrera le mot «sexe», qu’il prononce à n’en plus finir durant toute l’émission, comme s’il trouvait ça provocateur. Dommage, parce que l’émission s’appelait «La loi du genre: polémique autour des théories du genre». Au Sénat, la mention du genre dans un projet de loi sur l’éducation a été supprimée. La formulation, qui prévoyait que l’école «assure les conditions à l’égalité de genre», a été remplacée par «égalité entre les femmes et les hommes». «Il s’agissait de s’interroger sur les stéréotypes selon lesquelles, par exemple, une fille devrait être meilleure en français qu’en maths», explique la porteuse de l’amendement, la députée écologiste Barbara Pompili, qui l’a finalement retiré.

LES BONS CONSEILS DE SOPHIA ARAM

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Après une demi-heure de considérations psychanalytico-réactionnaires, on appréciera trois minutes de détente en (ré)écoutant la chronique de Sophia Aram de mardi, face à la nouvelle candidate à la Mairie de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet. L’humoriste s’est chargée de la conseiller pour préparer au mieux son avenir de nouvelle parisienne: «Pour votre candidature, va falloir trouver un arrondissement, franchement à votre place j’éviterai le IVe et le XVIe: le Marais, rapport au fait que bon, en vous abstenant bêtement sur le mariage pour tous, vous avez raté l’occasion d’être la première icône gay de droite… après Sylvie Vartan et Chantal Goya bien sûr. Et le XVIe, ils auraient tellement aimé vous voir défiler dans les rues entre Barjot et Boutin!» Sophia Aram la joue aussi fashion police: «Lâchez le côté versaillaise éternelle pour de la fibre naturelle façon Zadig et Voltaire. C’est pas moi qui critiquerait, mais attention dans On n’est pas couché, on a frôlé le pyjama quand même! On peut rester sur une petite base coton souple, mais pas trop, on évite la soie sauf si elle est froissée, des petites chaussures plates, ça c’est bien…» Le Vélib, le pass Navigo (et même pas de vannes sur le prix du ticket), la bonne conscience bio des Parisiens, tous les clichés de la capitale y passent. L’éditorialiste Thomas Legrand s’est lui aussi interrogé ce matin sur l’avenir de la nouvelle candidate, en mentionnant les attaques de Patrick Buisson à son encontre, lui qui l’a qualifiée de «meilleure candidate pour perdre».