Après son adoption par la Chambre des Communes, le texte de loi visant à ouvrir le mariage à tous les couples est arrivé à la Chambre des Lords. Les parlementaires opposé-e-s au texte sont particulièrement mobilisé-e-s et une motion qui pourrait contraindre à l’abandon du texte a été déposée par Geoffrey Dear. Son vote aura lieu en fin d’après-midi. Il semble que rien ne soit encore joué, tant l’indécision est grande parmi les 760 Lords. Les experts prévoient d’ores et déjà un vote très serré. Néanmoins les débats qui ont eu lieu hier et aujourd’hui ont montré des opinions bien affirmées et certaines interventions des Lords ouvertement gays ou lesbiennes ont alors pris une dimension personnelle tout à fait poignante.

«LE PARTENARIAT CIVIL, CE N’EST PAS LA MÊME CHOSE»
Chris Smith, parlementaire du parti travailliste et ouvertement gay, a mis à mal les arguments d’ordre religieux contre le mariage: «Je suis aussi un chrétien, et je crois en un Dieu aimant, tolérant et généreux qui veut accueillir les gens et non les rejeter. J’étais dans un partenariat civil et je sais que le partenariat civil confère presque tous les droits et les devoirs que le mariage donne. Mais ce n’est pas la même chose. Ce n’est pas l’égalité: ça ne porte pas la même signification ou symbolisme et catalogue encore les relations gays ou lesbiennes comme des relations de seconde zone.»

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Une autre intervention a particulièrement ému l’assemblée, celle de Guy Black: «Je suis en partenariat civil avec quelqu’un dont je partage la vie depuis presque un quart de siècle. Je l’aime et rien ne me rendrait plus fier que de l’épouser. J’assure aux Lords que dans l’ensemble, je suis exactement comme eux, à part qu’il se trouve que j’aime un homme. Pourquoi serais-je exclu de cette institution spéciale dont chacun de vous peut profiter?»

Enfin, la parlementaire libérale-démocrate Elizabeth Barker s’est elle aussi appuyée sur sa vie personnelle et son couple pour montrer que la nécessité d’une reconnaissance égale aux couples hétérosexuels: «Il y a quelques années, j’ai eu la grande chance de rencontrer quelqu’un. Elle et moi, nous nous sommes aimées dès lors – à part lors de disputes spectaculaires, le plus souvent à propos de la façon de conduire ou le bricolage. Ce que nous faisons aujourd’hui n’ébranle pas les mariages, présents ou futurs. Cela l’étend aux gays et aux lesbiennes qui veulent s’engager publiquement en présence de leurs familles, de leurs ami-e-s et parfois de leurs coreligionnaires. Cela reflète la volonté de ces gens qui ne veulent plus aujourd’hui être seulement tolérés en tant que gays ou lesbiennes, ils et elles veulent célébrer et se soutenir comme des gens à part entière.»

«NOUS SOMMES CHACUN LIBRES D’ÉPOUSER UNE FEMME»
Face à ces belles prises de parole, les Lords opposé-e-s au mariage pour les couples de même sexe ont tout de même redoublé d’inventivité dans leurs arguments (qui rivalisent pour beaucoup à ceux déjà entendus en France). Florilège:

Norman Tebbit, un des leaders de l’opposition au mariage: «Les droits d’un homosexuel sont identiques aux miens. Sujet aux lois sur l’inceste et la bigamie, nous sommes chacun libres d’épouser une femme. Ni moi, ni lui ne pourrions épouser un homme.»

Jill Knight, une des conservatrices à l’origine de la Section 28 et opposante notoire à l’avortement: «Bien sûr les homosexuels sont souvent des gens délicieux, artistiques et adorables. Personne ne le remet en cause un seul instant. Toutefois, le mariage n’est pas qu’une question d’amour. Il est question d’un homme et d’une femme, eux-mêmes conçus pour produire un enfant, et créant un enfant.»

Donald Anderson, du parti travailliste: «La relation entre un homme et une femme est unique. Les relations entre personnes de même sexe sont différentes. Peut-être que nous devrions trouver un autre mot, si les couples de même sexe cherchent une reconnaissance.»

«A LITTLE RESPECT»
Contrairement à la France, ce n’est pas Civitas qui pousse la chansonnette devant le Parlement, mais le London Gay Men’s Chorus en soutien aux parlementaires favorables au projet de loi. La chorale a interprété hier A Little Respect du groupe Erasure.

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