Au Nigeria, la Chambre des Représentants vient d’adopter la loi «Jail all the gays» («Enfermons tous les gays»). Pour les LGBT nigérian-e-s, elle symbolise un violent retour en arrière, alors qu’ils/elles subissaient déjà de nombreuses discriminations.

UNE LOI CONTRE LES HOMOS… ET LEURS ALLIÉ-E-S
Que prévoit concrètement cette loi? Non seulement les gays et les lesbiennes risquent des peines très lourdes, mais toute personne qui connaît un-e homosexuel-le devra en avertir les autorités, sous peine d’encourir cinq ans de prison. De plus, un couple homosexuel marié dans un pays autorisant les unions entre personnes de même sexe pourra être puni de 14 ans de prison, de même que toute personne ayant participé à une cérémonie de ce type au Nigeria s’expose aussi à des poursuites: «Toute personne ou groupe de personnes qui assiste, est complice ou protège la célébration d’un mariage ou d’une union civile entre deux personnes de même sexe, ou soutient l’inscription de clubs gays, d’associations ou d’organisations, de manifestations ou de rencontres au Nigeria, commet un délit et pourra être condamné à 10 ans de prison». Enfin toute personne qui ferait part en public directement ou indirectement de sa relation avec une personne de même sexe risque elle aussi 10 ans de prison. La loi passera en troisième lecture à la Chambre des Représentants (une formalité), avant d’être harmonisée avec la version du Sénat, et sera ensuite présentée au Président Goodluck Jonathan pour être promulguée. Le porte-parole Zakari Mohammed a affirmé que la Chambre des Représentants ne se laisserait pas intimider par les autres pays à propos de ses positions sur l’homosexualité.

LES MILITANT-E-S LGBT TIRENT LA SONNETTE D’ALARME
Dans une longue tribune publiée sur le Huffington Post, la révérende Ijeoma Ajibade, fondatrice de l’organisation Kaleidoscope Trust, a fait part de tout son chagrin suite au vote de cette loi dans son pays d’origine: «Il y a des choses qui se passent au Nigeria qui me font perdre espoir, qui me laissent perplexe et me mettent en colère. Je suis une mère et je souhaite que mon fils aime son pays autant que moi, qu’il soit fier de qui il est. Je ne veux pas qu’il associe son patrimoine nigérian à quelque chose d’aussi laid et détestable que l’homophobie. Je ne suis ni lesbienne, ni bisexuelle. Je suis une femme hétérosexuelle pour qui l’intérêt et la passion prennent leur source dans des principes d’amour, de justice et de respect pour la vie humaine.» Interwievé par Skynews, le militant Bisi Alimi (qui est notamment le premier nigérian à avoir fait son coming-out au cours d’une émission de télévision en 2004) a lui aussi vivement réagi à la nouvelle : «De la part des LGBT nigérian-e-s et de nos allié-e-s, de nos familles et ami-e-s, je condamne fermement cet acte scandaleux des député-e-s nigérian-e-s, et exige que nous contestions cette atteinte évidente aux droits humains fondamentaux d’un groupe à risques déjà vulnérable».

Photo Shiraz Chakera