À deux jours de son mariage avec Hélène, sa compagne depuis quatre ans, Abby (à droite sur la photo) est plutôt sereine: «Tout se met en place, ça va mieux que je ne le pensais», indique-t-elle à Yagg. Samedi 1er juin, toutes deux feront partie des premières mariées de France. «On se doutait qu’on ne passerait pas inaperçues», commente Abby, même si la pression médiatique est moindre que pour Vincent et Bruno Boileau-Autin. Faire partie de ce «peloton» de tête, était important pour elle: «Je ne voulais pas d’un mariage parmi tant d’autres, explique-t-elle. Et c’était un message fort pour Hélène, qui pensait que je ne voulais pas me marier.»

Après son divorce, Abby avait en effet juré qu’on ne l’y reprendrait plus. À 36 ans, cette mère de trois enfants souhaite faire passer le message que les homos sont «comme tout le monde». Le 2 juin 2012, elle a fait sa demande lors de la signature de son pacs en mairie. L’édile de Saint-Jean-de-la-Ruelle (Loiret) procédera lui-même à la célébration, comme il s’y était engagé pendant la campagne électorale de François Hollande.

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«VICTOIRE»
Pour les deux femmes, il s’agit «avant tout d’un mariage d’amour», même si la dimension militante reste présente: «J’ai demandé au GAGL45 d’être présent pour les mettre à l’honneur, confie Abby. Si je me marie dans deux jours, c’est un peu grâce à eux.» L’ouverture du mariage aux couples de même sexe est à ses yeux «une très grande fierté», d’autant plus que sa famille, qui sera présente samedi, l’avait «refoulée» lorsqu’elle a dévoilé qu’elle était homosexuelle. «Ma mère m’a traitée de “malade”, se souvient-elle. Aujourd’hui, elle a changé à 200%. C’est elle qui a fait péter le champagne quand la loi a été votée. Et mon père s’est lui-même proposé de m’accompagner.»

Le message envoyé aux jeunes est pour elle primordial: «Moi, j’ai vécu l’intolérance, le tabassage. Mais ma plus belle victoire, c’est pour les générations à venir: on n’est plus hors-la-loi, il n’y aura plus de suicide, plus de dépression. Elle est pour eux cette victoire.» De la part des vaincu-e-s, ceux et celles qui manifestaient contre l’égalité des droits, elle espère juste qu’ils respecteront son mariage. «On ne vous a rien volé, leur dit-elle. Ne nous volez pas notre 1er juin.» Ce même jour, d’autres couples de même sexe s’uniront dans toute la France.

Photo DR

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