La semaine dernière, le Centre LGBT Paris IDF a reçu plusieurs représentantes associatives afin de présenter officiellement ses excuses à toutes les personnes ou associations offensées par les conclusions d’une «enquête» publiées dans Genres, la revue du Centre en janvier dernier: «Cet article, qui ne reflète ni l’esprit, ni la politique du Centre, contient des informations erronées qui ont été sorties de leur contexte, portant atteinte aux personnes trans’, à leurs proches et allié-e-s.» Pourquoi cette publication a-t-elle provoqué un tel tollé chez les associations trans’? Retour sur une synthèse aux relents jugés transphobes.

En 2011, une enquête a été confiée au pôle Santé du centre LGBT Paris IDF suite à un appel à projets de l’Institut national de prévention et d’éducation à la santé (Inpes) destiné à «améliorer le niveau d’information de la population Trans et promouvoir la santé sexuelle auprès de cette population afin de favoriser l’acquisition de comportements préventifs». La synthèse tirée de cette étude contenait bon nombre d’erreurs. Extraits:

«D’une manière générale, la commu­nauté Trans jouit de leur identité de genre: 45% pour les transgenres et 30% pour les transidentitaires. Enfin, les femmes trans (FTM) acceptent beaucoup mieux leur statut que les hommes trans (MTF).»

«Le processus de transformation est un parcours long et difficile en matière d’accès aux soins. La plupart de la communauté Trans se fait opérer à l’étranger.»

UNE SYNTHÈSE «PATHOLOGIQUE» ET «STIGMATISANTE» POUR LES TRANS’
Méconnaissance du sujet? Mauvaises formulations? Entre approximations et erreur de vocabulaires, la synthèse de l’enquête est restée en travers de la gorge de nombreuses personnes, et a d’autant plus choqué qu’elle a été publiée par le Centre LGBT. Le site Txy a publié plusieurs réactions suite à cette publication:

«Le Centre LGBT Paris IDF a laissé passer un article qui se veut scientifique, statistique, mais qui est un tissu de transphobie évidente ou voilée. 30 personnes qui ont répondu à votre enquête! Plusieurs centaines de milliers de transidentitaires rien que dans ce pays! Que vous ne verrez jamais! Qui sont totalement intégré-e-s dans la société! Qui n’ont pas forcément la vie facile mais qui tirent largement leur épingle du jeu! Qui ne nécessitent pas tout-e-s de passer sur le billard pour se sentir bien (comme l’annonce cet article)!»

L’association ORTrans a repris point par point les erreurs et les manquements de la synthèse:

«[…]remarquons cette expression “le Trans” qui revient à plusieurs endroits de la synthèse et qui évoque des expressions peu respectueuses comme “le Jaune” (pour désigner un chinois), ou “le Juif” et bien d’autres encore, lourdes de mépris. La terminologie approximative employée (“transgenres… et transidentitaires”, sans définition précise)  pour caractériser la “communauté Trans” contribue également à la confusion généralisée de l’exposé plutôt qu’à sa clarification! Soulignons enfin que cette enquête ne semble répondre ni au projet initial du Centre LGBT retenu par l’Inpes, ni au thème de l’appel à projets de cette dernière. (…) Toujours est-il que cette enquête, au travers de la synthèse qui en a été publiée, nous ferait rire si elle ne donnait pas une idée plutôt pathologique, pour ne pas dire stigmatisante, des personnes trans. Cela est regrettable.»

LES EXCUSES DU CENTRE LGBT PARIS ILE-DE-FRANCE
Contactés par Yagg, les deux co-président-e-s du Centre Garance Mathias et Jean-Charles Colin ont clairement fait part de leur volonté d’apaiser les esprits en présentant leurs excuses et de repartir du bon pied avec les associations: «C’était important de lever toute ambiguïté sur le positionnement et l’engagement politique du Centre. Après cet incident, on ne souhaite pas rester dans la polémique, mais au contraire continuer à construire ensemble.»

«Comme exprimé lors de son assemblée générale du 2 mars dernier, le Centre LGBT Paris IdF réaffirme sa volonté de rééquilibrer ses actions en faveur des quatre composantes LGB et T, sans exception.»


Pour Alexandra C., animatrice de la plate-forme communautaire Txy, l’incident est en effet clos: «Les co-président-e-s du centre ont fait leur mea culpa et ça fera un avertissement pour tous ceux qui ont un comportement transphobe», explique-t-elle à Yagg. Alexandra considère pourtant que cela a quelque chose de révélateur: «Il y a une transphobie qui traîne chez les gays et les lesbiennes, on le remarque même au centre LGBT où on est parfois regardées de travers. Il y a une incompréhension des personnes trans’, mais je pense que c’est un problème qui va dans les deux sens.»

RÉHABILITER LE T
Le 5 juin aura lieu une rencontre avec le centre LGBT et plusieurs associations afin de réhabiliter le T: «Il s’agit d’initier plusieurs réunions sur différents thèmes, l’implication des trans’ dans la Marche des fiertés, mais aussi lors de l’Existrans’. Pourquoi voit-on si peu de lesbiennes et de gays à cette manifestation? Il y a un vrai manque de solidarité, alors que 500000 personnes sont là pour la Marche des fiertés.» D’après les deux co-président-e-s du Centre, ce travail initié début 2013 vise aussi à mieux connaître les besoins et les constats des associations trans’: «On veut voir comment le Centre LGBT peut apporter quelque chose, quelles actions nous pouvons porter, quels combats il reste à mener et dans lesquels le Centre peut s’investir.»

La synthèse a été retirée de la version .pdf de la revue Genres. Elle reste disponible dans sa première version sur le site de ORTrans.