«Je n’ai aucun mot pour vous décrire l’amplitude de ce que je traverse depuis quelques heures, quelques jours… sur le sens de la répercussion de nos actes… écrire une histoire sur du papier…» C’est par un post très court sur son blog que Julie Maroh, l’auteur du Bleu est une couleur chaude, la bande dessinée dont est inspiré le film, a salué l’attribution de la palme d’or du Festival de Cannes à La vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche, hier, dimanche 26 mai.

«Je sais que beaucoup attendent une réaction de ma part sur le film, écrit-elle aussi. Que j’ai vu deux fois déjà. Je vous donnerai de vrais mots plus tard, sûrement dans la semaine.»

Revoir la remise de la palme d’or:

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur LA VIE D’ADELE CHAPITRE 1 ET 2 – Palme d’Or Cannes 2013

«PRIVILÈGE HÉTÉRO»
«Ce livre je l’ai écrit pour tous ceux qui se méprennent sur l’homosexualité, la rejettent, la dégradent, l’ignorent mais la jugent, déclarait Julie Maroh à Barbieturix, en mars dernier. Et ce que je cherchais était de… hum, donner à appréhender et comprendre qu’une histoire d’amour pouvait avoir les mêmes caractéristiques qu’elle soit homo ou hétéro. (…) Ce n’est pas “juste” une histoire d’amour quand y est apposée une étiquette “hors norme”. Et c’est un privilège hétéro de ne pas avoir à faire face à cela.»

L’équipe du film, et en particulier les actrices Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos, s’est bien pourtant gardée jusqu’ici de donner au film un quelconque sens politique, bien que l’art soit par définition politique. Tout juste a-t-on entendu le réalisateur, Abdellatif Kechiche, déplorer ce matin sur France Inter l’opposition à l’ouverture du mariage aux couples homosexuels: «Je trouve dommage qu’en France, qui aurait dû être déjà le premier pays à donner les mêmes droits à tout le monde… je n’entends pas vraiment ces revendications, ces oppositions, je trouve ça un peu dépassé pour notre époque».

Et le jury a beau refuser de voir un quelconque rapport entre l’actualité et le choix de cette palme d’or – «Ce n’est pas la politique qui nous a influencés», a déclaré Steven Spielberg, le président du jury; «Nous avons récompensé le cinéma, pas un manifeste politique», a renchéri Cristian Mungiu –, on ne peut s’empêcher de savourer la coïncidence de voir un film traitant d’une histoire d’amour lesbienne récompensé le jour de la dernière (on l’espère) «Manif pour tous».

TWEET LESBOPHOBE
La preuve qu’on ne peut pas sortir le politique de l’art est venue de Twitter, avec l’«affaire» du tweet lesbophobe de Canal +:

tweet canalplus Cannes

Le tweet a très vite été supprimé et la chaîne a immédiatement tenté de rattraper le coup, sans grand succès:

 

https://twitter.com/JanisBing/status/338718918975819777

Heureusement, le film a l’air bien…:

Ailleurs sur la toile:
Cinéma: sans Julie Maroh, «La vie d’Adèle» n’existerait pas… [France 3]
Des techniciens racontent le tournage difficile de «La Vie d’Adèle» [Le Monde]
Angoulême 2011 – Interview de Julie Maroh, gagnante du Prix du public Fnac-Sncf‬

Photo Francesco Smalto